Posts Tagged ‘Jazz’

Mezz Mezzrow et Bernard Wolfe – La rage de vivre (Corréa, 1953)

27 mai 2016

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Je finis de lire La rage de vivre (really the blues en anglais), l’autobiographie de Mezzrow, jazzman blanc qui vivra toute sa vie parmi les noirs. On y découvre comment il rencontra le jazz en prison à la fin des années 20, devint l’ami de Sydney Bechet et Louis Armstrong, vendit de la bière pour Al Capone, introduisit la Marijuana à Harlem, s’adonna aux joie de l’opium… Le livre est très bien écrit, le style de Mezzrow est virevoltant et malicieux, il fait la part belle à l’argot des noirs américains des années 30. Mezzrow resta fidèle toute sa vie au style New Orleans, il chercha continuellement en se rapprocher de ses racines, à en garder l’esprit originel, à le comprendre de l’intérieur en sondant l’âme du peuple opprimé qui le fit naître. Si de nos jours ce type de jazz peut paraître plan-plan, et désuet, faire figure de jazz à papa, La Rage de vivre remet les points sur les i et rappelle qu’à la base il était une musique de bordels et de gangsters, qu’il est né des bas-fonds des villes et sentait le souffre.

Vide-greniers et dépôts-ventes #8

2 septembre 2014

Je fais les fonds de  tiroir des articles en attente, et je tombe sur ces photos de disques trouvés il y un peu plus d’un an et demi…

Je vous jure que le Espers je l’ai bien trouvé à la Trocante de Nantes pour 12€. En plus c’était le premier disque du bac juste devant l’entrée.

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Vide-greniers et dépôts-ventes #7

25 septembre 2012

La saison des vide-greniers avait assez mal commencé pour moi : strictement rien à se mettre sous la dent. Jusqu’à la fin août je n’avais rien trouvé hormis quelques vinyles de musique classique, un disque de musique vietnamienne (pas terrible) et un album vraiment étonnant de musiques médiévales, achetés un peu au pif dans un dépôt-vente. 1€ chaque disque sauf les sextuors de brahms 4€ (mais ça reste une bonne affaire).

Début Septembre j’ai eu un peu plus de chance, mais j’ai bien failli la laisser passer. Lors d’une visite expresse dans un dépôt-vente (ma copine en a marre de m’attendre des heures pendant que je fouille dans les bacs) j’ai eu dans les mains un disque de Bill Coleman (5€) mais ne sachant pas trop à quoi m’en tenir et ayant peur d’y trouver des gospels mielleux et sans grand intérêt, je l’avais reposé et j’étais parti ; il faut dire qu’en plus le label (la guilde internationale du disque) sur lequel est paru l’album ne m’inspire pas trop confiance. Au bout d’une semaine je suis quand même retourné dans ce dépôt-vente pour une recherche plus approfondie, ma copine étant restée à la maison. Le disque y était encore. Ce coup-ci j’ai pris le temps de lire les crédits  à l’arrière de la pochette et j’ai alors réalisé que c’était Jef Gilson et ses musiciens qui accompagnaient Bill Coleman. J’ai donc beaucoup moins hésité cette fois-ci. Au final le disque est plutôt bien, les arrangements de Gilson sont excellents, mais le chant de Coleman est assez quelconque. Dans la foulée j’ai visité un second dépôt-vente dans lequel j’ai trouvé le disque In the Upper Roomde Mahalia Jackson (0.20€).

Le lendemain je me suis rendu dans le 1er vide bibliothèque, vidéothèque, discothèque de Nantes. Petit problème quand je suis arrivé sur place il n’y avait personne, enfin si, il y avait une sorte de brocante mais rien à voir avec ce qui était annoncé. Donc soit je suis allé au mauvais endroit, soit c’était annulé… Pour me consoler je suis allé dans un autre vide grenier sur Nantes. J’ai bien cru que j’allais repartir bredouille et que j’avais fait tout ce chemin pour rien (j’habite à 30min de Nantes). J’ai finalement trouvé un 45T des Shadows  à 0,50€. J’ai quand même eu à discuter un peu le prix parce que le vendeur en voulais 1€ sous prétexte qu’il était plus anciens que les autres 45T en vente (variété 70’s).

Les choses se sont accélérées il y a deux semaines quand je me suis rendu chez un particulier pour aller chercher deux disques que j’avais repéré sur une annonce du bon coin (les deux du bas sur la photo ci-dessus). Je regarde très peu les annonces sur le bon coin, car tout y est très cher. Soit les gens n’y connaissent rien et pensent avoir des trésors, soit ils savent très bien ce qu’ils vendent mais ils en réclament plus que les disquaires professionnels.

Je ne connaissais pas les disques qui avaient attiré mon attention, mais le simple fait qu’il s’agissait de jazz et de gospel m’avait interpellé. Coup de chance il y avait extraits sur Youtube et une brève écoute m’avais emballé, j’allais donc tenter le coup. Une fois arrivé sur place la personne me raconte qu’elle vend les disques de son père, que ceux qui m’étaient réservés sont posés là, et qu’elle a encore tout ce tas là à mettre en vente. Je me frotte les mains, c’est dans ces cas là qu’on a le plus de chance de trouver des pépites : quand on est le premier à fouiller dans une collection de disques. Pas mal de choses intéressante en effet. Du jazz : Louis Armstrong, un truc qui s’appelle jazz jamboree (après recherche sur internet c’est un festival de jazz qui se tient en Pologne) et un disque de Robeson, dont la pochette fait penser à du jazz mais qui après écoute s’avère ne pas en être . Du folk avec du koto japonais, de la musique irlandaise et un album de Peter Paul and Mary, dont je n’avais encore aucun disque.

Le gros des vinyles s’avèrent être de la musique classique. Il y en a énormément. Au petit bonheur la chance j’en sélectionne quelques un, surtout des récitals de piano sur un label polonais. Je demande à la dame si son père est polonais ou s’il a vécu en Pologne, elle me répond que ni l’un ni l’autre et qu’elle n’a aucune idée de la façon dont il les a acheté. Et puis d’un seul coup je tombe la dessus :

Ce n’est pas tous les jours qu’on trouve un album de Pierre Henry, ni même des disques de Messiaen. Bien entendu je reste de marbre et ne laisse rien paraître de ma alors que je jubile à l’intérieur. Je repars avec 20 disques pour 20 euros.

Je n’ai pas eu trop le temps de tout écouter en détail mais à chaud  je suis globalement satisfait. Le disque de  Clarence Clay et William Scott est vraiment excellent. Il s’agit de gospels chantés à deux vois avec un accompagnement d’accordéon. Le genre de musique belle et âpre dont regorgent les compilations Mississippi Records (un extrait ici). Un grand regret quand même, le disque de Pierre Henry a un gros problème de pressage (invisible  à l’oeil nu),  il y a un souffle très important qui gâche complètement l’écoute, sniff, mais au moins j’ai une jolie pochette. Re sniff pour le disque de Xenakis qui n’a qu’une légère rayure mais qui s’entend beaucoup du fait du faible volume de la musique. Ah oui, et puis le disque de Robeson n’est vraiment pas terrible.

Et pour finir, il y a deux semaines,  quelques disques dans un vide-grenier: une compilation de Sidney Bechet, une autre de jazz/blues et un Gershwin (2.5€ les lot), un 45 T de Peter, Paul and Mary 1€ et un 45T des Tornados 0.5€.  Et puis dans un dépôt-vente, un 45T de T-Rex (0.2€) et deux 45T de Sheila (0.5€). Oui Sheila, je rougis un peu, mais bon les sucreries sixties ça a aussi du bon, et puis il est plus facile de danser avec ma fille au son de L’école est finie ou Papa t’es plus dans le coup, qu’à celui de Trilogie de la Mort d’Eliane Radigue…

4 mars 2011

Sun Ra – The World Is Not My Home (Jazzman, 2010)

27 février 2011

Comme pour achever de me convaincre de succomber définitivement aux charmes de la musique de Sun Ra, Jazzman a publié un second (et dernier) volume consacré aux singles de Sun Ra. Il est daté de 2010 sur Discogs mais je n’ai eu vent de son existence qu’en janvier dernier. Là encore ce fut la croix et la bannière pour trouver une copie. Après des heures et des heures de recherches infructueuses sur le net, j’avais laissé tombé. Quand à la fin du mois de janvier je suis allé faire un tour au centre ville de Nantes – je n’y étais pas allé depuis longtemps – l’idée lumineuse me vint d’aller faire un tour chez Mélomane (très bon disquaire nantais). On y trouve souvent des choses intéressantes et pas courantes. J’y traîne ma copine, lui promettant que ça ne sera pas long. Mince, rien, et pourtant j’ai ratissé tous les bacs. Par acquis de conscience je demande au disquaire s’il n’aurait pas la dernière compilation triple 45T des singles de Sun Ra. Magie, il en a commandé 5 exemplaires. 3 sont réservés, le 4ème est pour lui. Il en reste un. C’est pour moi.

Il arrive la semaine suivante. Je tiens enfin dans mes mains l’objet tant convoité. The world is not my home, reprend la même pochette que le précédent volume.  Elle se déplie en 3 panneaux mais cette fois-ci la sérigraphie est argentée. Les vinyles sont transparents et en plus il y a un tapis aux motifs fluorescents sur lequel on peut poser les disques pour les jouer (cf. vidéo ci-dessous). Le Pied !

The world is not my home prouve une nouvelle fois à quel point la discographie de Sun Ra est un vrai boxon. Par exemple le premier titre, A foggy day a été enregistré entre 1954 et 1955 mais n’a été utilisé en single qu’en 1983. C’est une composition des frères Gershwin que Sun Ra a enregistrée avec le groupe de doo-wop, The Nu Sound. Le morceau est très beau, dans la lignée de Dreaming, présenté dans le volume 1, mais sans accompagnement instrumental.

October est quant à lui plus sombre. Il s’ouvre par un appel des cuivres à l’unisson qui fait penser au son d’une corne de brume. La première partie du morceau est une marche funèbre mais elle se transforme à mi chemin en une ballade jouée de manière presque normale.

Blues on Planet Mars, est comme son nom l’indique, un blues. Le morceau est issu des mêmes sessions qui ont donné l’album Atlantis. On peut y entendre les sonorités étranges et lugubres du clavinet électronique de Sun Ra. Les réglages de l’instrument s’inspirent de la musique baroque.

Sur la compilation se trouve la première version connue de Mayan Temple. Ce titre met lui aussi en avant les sonorités étranges des claviers électroniques de Sun Ra. Elles sont cependant ici, plus futuristes que lugubres. Des clusters de notes aiguës et métalliques explosent de part et d’autre d’une ligne mélodique jouée au moog. Elles accompagnent un solo poignant et intense de Marshall Allen dont le hautbois aux sonorités nasillardes évoque l’orient.

Le dernier 45T est le seul a respecter le couple face A / face B d’origine. Tous les autres étaient des associations de différents morceaux piochés sur les 12 singles (soit, 24 morceaux) publiés par Saturn, le label de Sun Ra. Disco 2100 et Sky Blues (Live) ont tous deux été enregistrés live en Italie le 23 janvier 1978. Sky Blues (Live) est un superbe morceau de funk.  Disco 2100 est quant à lui une version courte de Disco 3000 qui durait à la base 25 minutes.  C’est un grand moment de bordel cosmico surréaliste. Des parties de claviers électroniques très free y sont accompagnées par une ligne mélodique sautillante jouée en boucle. Là encore j’aimerai voir ce morceau servir d’accompagnement sonore à un spectacle de fin d’année d’une école primaire.

Ce qu’il y a de bien avec la musique de Sun Ra c’est qu’on s’éclate vraiment en l’écoutant. Mais qu’en auraient pensé les Muppets ?

Sun Ra – The Shadows Cast By Tomorrow (Jazzman, 2010)

26 février 2011

Pendant longtemps je ne me suis pas trop intéressé à Sun Ra. En tant que fan de free jazz, j’en avais forcément entendu parler (en bien) mais à chaque fois que je tentais d’écouter des morceaux, je restais sur ma faim. Il faut dire que les choses avaient mal commencé. Quand au début des années 2000 je découvrais le nom de Sun Ra c’était le plus souvent avec l’étiquette free jazz collée dessus. Hors pour moi à l’époque free jazz rimait plus ou moins avec Impulse !. Hors Sun Ra est bien loin des sonorités et de l’esthétique propres ce vénérable et oh combien magnifique label. J’étais donc assez perplexe et ne savais pas trop quoi faire du gus. Cette musique échappait à toute classification et comme bien souvent quand j’écoute quelque chose pensant découvrir une musique rentrant dans une certaine catégorie et qu’elle n’a au final rien à voir avec cette dernière, je mets de côté pour y revenir plus tard. Il m’était arrivé exactement la même chose avec les Talking Heads. Au détour d’un vide grenier je mets la main sur Remain In Light. Je pense alors avoir dégotté un super album de punk (j’avais déjà des doutes car la pochette ne faisait pas punk du tout). Imaginez ma surprise quand je mets le vinyle sur la platine et que les premières notes résonnent. Bon je m’égare, revenons en à Sun Ra. Donc, j’étais perplexe et un peu perdu. Je me disais que non franchement Sun Ra ça ne ressemblait à rien et pour ne rien arranger à l’affaire, un copain m’avait donné une quantité prodigieuse de mp3, une trentaine d’albums d’un coup ce qui acheva définitivement de me perdre dans les méandres de la musique de Sun Ra.

Avance rapide, 2010. Je vois débarquer sur une compilation de trois 45T de Sun Ra présentés dans une superbe pochette dépliante 3 panneaux, sérigraphiée à l’encre dorée, numérotée (999 exemplaires) et summum de la classe et du bon goût les vinyles brillent dans le noir (remarquez la nouvelle catégorie créée tout spécialement pour l’occasion : ces objets de désir). L’objet est magnifique et en plus je me suis pris affection pour le format 45T (format pop par excellence) donc je décide de tenter ma chance. L’idée de découvrir ces singles (rares qui plus est, certains étaient encore inconnus jusqu’à une période assez récente. Il faut dire que la discographie de Sun Ra est un bordel sans nom) dans leur format original me séduisait. Certains singles ne sont pas à proprement parler des inédits mais des versions alternatives de morceaux qui se trouvent sur des albums. A titre indicatif on a répertorié quelques 150 versions différentes de Love In Outer Space. De plus les 2 ou 3 minutes que dure une face seront plus digestes que les 45 minutes que dure un album, ce qui en fait une porte d’entrée plutôt bienvenue vers l’univers délirant du musicien. Je vous passe les détails de ma galère pour mettre la main sur une copie à un prix décent. Elles se sont en effet toutes volatilisées en quelques heures.

Depuis que j’ai The Shadow Cast By Tomorrow je m’éclate comme un gosse avec mes vinyles (je vous rappelle qu’ils brillent dans le noir). Il faut dire que le format 45T convient à merveille à la musique. Les 6 morceaux présentés ici sont vraiment excellents mais je comprends que je sois passé complètement à côté à l’époque.

Dreaming (La vidéo en lien présente 7 morceaux. Dreaming est le troisième morceau, il commence à partir de 2’50 ») qui ouvre le bal date de 1955 ou 1956 (quand je vous disais que la discographie de Sun Ra était un vrai bordel…) est un petit bijou de doo-wop céleste. Il a été enregistré par The cosmic rays, l’un des groupes de doo-wop auxquels a participé Sun Ra dans les années 50.

The Sun Man Speaks voit le chanteur de R&B Yochanna prendre le devant de la scène. Avec sa façon excentrique de chanter il dynamite complètement le swing de morceau. Il lui insuffle une énergie rock’n roll et complètement dégantée.

Rocket #9 et Love In Outer Space, comme leurs noms l’indiquent, sont des odes à l’espace, tandis que Enlightenment (dont la première version apparaît sur l’album Jazz in Silhouette) fait figure de valse ivre et vacillante.

Last but not least, The Perfect Man, élu meilleur morceau du monde du jour, est un irrésistible moment de funk cosmico rigolo que je rêverais de voir utilisé comme bande son pour le spectacle de fin d’année d’une école primaire. J’imagine déjà les costumes spatiaux et les aliens aux tentacules de cartons s’animer dans une chorégraphie débridée pour le plus grand bonheur des enfants mais sous les regards perplexes et médusés des parents.

Je suis définitivement acquis à la cause de Sun Ra.


Duke Ellington – Black & Tan Fantasy (1929)

26 février 2011

Go Down Moses

23 janvier 2011

Grachan Moncur III – Some Other Stuff (Blue Note, 1965)

24 mai 2010

Quand Blue Note s’aventure dans le free jazz, c’est en restant bien loin de la furie et de la fièvre qui caractérise habituellement le genre. Some Other Stuff baigne dans une ambiance bleue et nocturne. Grachan Moncur III et ses musiciens (et quels musiciens! Wayne Shorter, Herbie Hancock, Cecil Mcbee et Anthony Williams) délivrent 4 morceaux tout en grâce et en apesanteur, au fort pouvoir cinématographique.

Gnostic aurait pu être la B.O. d’un film noir et onirique. Le morceau véhicule un sentiment de suspens et exhale un spleen pluvieux et urbain. Il dégage la même tension et le même sens du mystère que les films de Polanski des années 60. Sa beauté abstraite et flottante captive.

Moins aventureux que le morceau précédent, Thandiwa fait lui aussi naître les mêmes images mentales de villes la nuit, de néons réfléchis sur des trottoirs détrempés et d’errance nocturne.

Le tempo de The Twins semble courir après le temps et  insuffle un sentiment d’urgence et d’effervescence qui suggère l’attente et la tension d’une scène capitale d’un film dont le dénouement serait proche.

Nomadic, le dernier morceau de l’album, est en grande partie un solo de batterie de Tony Williams durant lequel les autres musiciens n’interviennent qu’avec parcimonie. Tout en finesse et d’une très grande inventivité, il évolue même à certains moments vers des territoires nettement plus expérimentaux dont l’ambiance aquatique et énigmatique n’est pas sans rappeler l’album Tacet de Jean Guérin.

Grachan Moncur III et ses musiciens font ici preuve d’une sensibilité impressionniste et accouchent  d’une musique à l’élégance suspendue. Some Other Stuff est un disque d’une délicatesse confondante, tout entier imprégné d’une lumière lunaire à la beauté magnétique.