Sun Ra – The Shadows Cast By Tomorrow (Jazzman, 2010)

Pendant longtemps je ne me suis pas trop intéressé à Sun Ra. En tant que fan de free jazz, j’en avais forcément entendu parler (en bien) mais à chaque fois que je tentais d’écouter des morceaux, je restais sur ma faim. Il faut dire que les choses avaient mal commencé. Quand au début des années 2000 je découvrais le nom de Sun Ra c’était le plus souvent avec l’étiquette free jazz collée dessus. Hors pour moi à l’époque free jazz rimait plus ou moins avec Impulse !. Hors Sun Ra est bien loin des sonorités et de l’esthétique propres ce vénérable et oh combien magnifique label. J’étais donc assez perplexe et ne savais pas trop quoi faire du gus. Cette musique échappait à toute classification et comme bien souvent quand j’écoute quelque chose pensant découvrir une musique rentrant dans une certaine catégorie et qu’elle n’a au final rien à voir avec cette dernière, je mets de côté pour y revenir plus tard. Il m’était arrivé exactement la même chose avec les Talking Heads. Au détour d’un vide grenier je mets la main sur Remain In Light. Je pense alors avoir dégotté un super album de punk (j’avais déjà des doutes car la pochette ne faisait pas punk du tout). Imaginez ma surprise quand je mets le vinyle sur la platine et que les premières notes résonnent. Bon je m’égare, revenons en à Sun Ra. Donc, j’étais perplexe et un peu perdu. Je me disais que non franchement Sun Ra ça ne ressemblait à rien et pour ne rien arranger à l’affaire, un copain m’avait donné une quantité prodigieuse de mp3, une trentaine d’albums d’un coup ce qui acheva définitivement de me perdre dans les méandres de la musique de Sun Ra.

Avance rapide, 2010. Je vois débarquer sur une compilation de trois 45T de Sun Ra présentés dans une superbe pochette dépliante 3 panneaux, sérigraphiée à l’encre dorée, numérotée (999 exemplaires) et summum de la classe et du bon goût les vinyles brillent dans le noir (remarquez la nouvelle catégorie créée tout spécialement pour l’occasion : ces objets de désir). L’objet est magnifique et en plus je me suis pris affection pour le format 45T (format pop par excellence) donc je décide de tenter ma chance. L’idée de découvrir ces singles (rares qui plus est, certains étaient encore inconnus jusqu’à une période assez récente. Il faut dire que la discographie de Sun Ra est un bordel sans nom) dans leur format original me séduisait. Certains singles ne sont pas à proprement parler des inédits mais des versions alternatives de morceaux qui se trouvent sur des albums. A titre indicatif on a répertorié quelques 150 versions différentes de Love In Outer Space. De plus les 2 ou 3 minutes que dure une face seront plus digestes que les 45 minutes que dure un album, ce qui en fait une porte d’entrée plutôt bienvenue vers l’univers délirant du musicien. Je vous passe les détails de ma galère pour mettre la main sur une copie à un prix décent. Elles se sont en effet toutes volatilisées en quelques heures.

Depuis que j’ai The Shadow Cast By Tomorrow je m’éclate comme un gosse avec mes vinyles (je vous rappelle qu’ils brillent dans le noir). Il faut dire que le format 45T convient à merveille à la musique. Les 6 morceaux présentés ici sont vraiment excellents mais je comprends que je sois passé complètement à côté à l’époque.

Dreaming (La vidéo en lien présente 7 morceaux. Dreaming est le troisième morceau, il commence à partir de 2’50 ») qui ouvre le bal date de 1955 ou 1956 (quand je vous disais que la discographie de Sun Ra était un vrai bordel…) est un petit bijou de doo-wop céleste. Il a été enregistré par The cosmic rays, l’un des groupes de doo-wop auxquels a participé Sun Ra dans les années 50.

The Sun Man Speaks voit le chanteur de R&B Yochanna prendre le devant de la scène. Avec sa façon excentrique de chanter il dynamite complètement le swing de morceau. Il lui insuffle une énergie rock’n roll et complètement dégantée.

Rocket #9 et Love In Outer Space, comme leurs noms l’indiquent, sont des odes à l’espace, tandis que Enlightenment (dont la première version apparaît sur l’album Jazz in Silhouette) fait figure de valse ivre et vacillante.

Last but not least, The Perfect Man, élu meilleur morceau du monde du jour, est un irrésistible moment de funk cosmico rigolo que je rêverais de voir utilisé comme bande son pour le spectacle de fin d’année d’une école primaire. J’imagine déjà les costumes spatiaux et les aliens aux tentacules de cartons s’animer dans une chorégraphie débridée pour le plus grand bonheur des enfants mais sous les regards perplexes et médusés des parents.

Je suis définitivement acquis à la cause de Sun Ra.


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2 Réponses to “Sun Ra – The Shadows Cast By Tomorrow (Jazzman, 2010)”

  1. fred Says:

    Le concert du Sun Ra Arkestra à la cité de la musique à Paris en 2008 reste à ce jour ma plus grosse claque en live. Ce papier me donne envie de replonger dedans avec délectation.

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