Jean Guérin – Tacet (Futura, 1971)

Tacet

Disque étrange s’il en est, découvert au détours d’une liste d’albums favoris de je ne sais plus qui, publiée sur Pitchfork. Cela m’avait intrigué de trouver un obscur disque de musique expérimentale français dans cette liste. J’ai un peu galéré pour le trouver sur Soulseek puis par la suite en format CD. Je n’ai pas poussé le vice à m’acharner à trouver le vinyle original, je n’ai pas le budget de toute façon.

Jean Guérin est un percussionniste sur lequel je n’ai trouvé quasiment aucune information mis à part que Tacet est son unique album. En réalité la bande original de ‘B.O.F. Anatomie d’un livreur’ dont le héros est un livreur qui travaille pour un marchand de vin, ce qui explique les sonorités liquides omniprésentes sur l’album. Jean Guérin a également participé à quelques autres disques de free jazz. Si vous en savez plus sur le sujet, merci de me faire part de votre savoir. Idem, si vous avez des informations sur le label Futura sur lequel est sorti ‘Tacet’ et quelques autres albums aussi cultes qu’inconnus.

Comment décrire ‘Tacet’ ? Disons qu’il sonne comme un disque de musique électroacoustique (pensez France Culture tard le soir) à fortes consonances jazz. On n’est pas très loin non plus des territoires explorés par le krautrock (pensez plus Faust que Tangerine Dream). L’album commence sur les chapeaux de roues avec ‘Triptik 2’, le morceau le plus remarquable et impressionnant de l’album. Cela débute par une mélodie jouée au saxophone et accompagnée de bruits de bandes magnétiques manipulées. Tout s’arrête brusquement et une archaïque boîte à rythmes délivre un solo d’anthologie. D’autres percussions viennent compléter le tapis de rythmes auxquels se superposent de nouveaux éclats de trompette ainsi que d’autres sons manipulés.

‘Mixage Vert’ est l’un des morceaux les plus abstraits et profondément étranges de l’album. Il est constitué d’une succession de petits bouts de phrases musicales et de sons reliés entre eux par d’invisibles ficelles suivant un ordre dont la logique échappe, créant ainsi une sorte de récit tordu dont le sens défit l’entendement.

‘Maochat’ enchaîne sans pause. Une fois passée l’introduction constituée de stridences magnétiques apparaissant et disparaissant dans un mouvement de balancier, le jazz pointe à nouveau le bout de son nez. Lignes de basse et percussion composent un solide duo rythmique sur lequel évoluent des bruits aquatiques et des notes de trompettes façon Miles Davis chez les Snorky faisant un boeuf avec des baleines dépressives.

‘Ça va Lecomte’ s’organise autour d’un dialogue entre une basse électrique et une contrebasse qui se cherchent, s’unissent et se séparent formant ainsi des rythmes tour à tour hypnotiques ou aléatoires.

‘BM37’ est le morceau le plus court de l’album et d’une certaine manière il semble en être le résumé : deux trompettes et une darbouka passées sont à la moulinette d’une table de mixage, triturées, manipulées et modulées dans un grand fatras de bandes magnétiques coupées, collées, superposées, inversées et accélérées.

‘Interminable Hommage à Zaza’ est une suite de délires infernaux peuplés de visions surréalistes et étranges qui évoque fortement une rencontre avec un groupe de Pokémons mutants par un soir de pleine lune au fond d’un bois obscure sous l’effet de quelques substances hallucinogènes.

Les percussions reprennent leurs droits sur « Réflexion 1et2′. Le morceau s’ouvre par un rythme hypnotique teinté d’effluves tribales associé à des bruits de gouttes d’eau avant de se muer en un nouveau délire aquatique au cours duquel on peut entendre une trompette jouée sous l’eau.

‘Garb 71’, qui clôt l’album, commence de manière assez sombre par une lente dérive cosmique à laquelle se joint un rythme hypnotique à mis chemin.

‘Tacet’ est un album réellement étrange et difficile à appréhender. Heureusement pour moi, son penchant jazz m’a procuré une porte d’entrée bienvenue. Cependant cette dernière se referme rapidement et laisse face à un labyrinthe peu accueillent. L’écoute attentive est indispensable pour parcourir et trouver son chemin dans ce dédale. L’écriture de cette chronique et l’écoute plus analytique que j’ai dû effectuer m’auront permis de mieux comprendre cet album qui m’était jusqu’à présent assez hermétique. Ma patience et mes efforts ont été récompensés, mais l’exploration en profondeur ne fait que commencer.

Vous pouvez le télécharger ici, merci à Direct Waves

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2 Réponses to “Jean Guérin – Tacet (Futura, 1971)”

  1. Fred Says:

    Ah ouais quand même. Faudrait que je réessaye défoncé pour voir si je trouve la porte.

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