Fujiwara Atsushi – Nangokusho, ode to the southern lands of Japan (Sokyu-sha, 2013)

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Il y a certaines fois où je me demande pourquoi j’aime tel ou tel livre. Nangokusho fait partie de ces cas. Rien d’exceptionnel à première vue, rien qui accroche particulièrement la rétine, rien qui n’est déjà été vu ailleurs. On peut même se demander pourquoi certaines des photos ont été prises. Qu’a vu au juste le photographe pour décider d’appuyer sur le déclencheur ? Pourquoi a-t-il décidé de retenir telle photographie semblable à une centaine d’autres faites la même journée  ? La majorité des images de Nangokusho ne fonctionnent pas seules. Sorties du livre elles sont anecdotiques voire ennuyeuses. C’est de leur mise en résonance, de l’écho qui naît au fil des pages après les avoir tournées une à une, que grandit petit à petit leur pouvoir .

A bien y regarder pourtant, il y a quelque chose d’étrange en chacune d’elle, une étrangeté rampante qui suinte insidieusement du banal donné à voir. Plus que de force, il s’agit ici de tension, plus que de certitude, d’incertitude. Fujiwara Atsushi nous confronte avec une certaine « modernité » déjà vieillissante. Ses photographies dépeignent un environnement pas encore assez vieux pour être pittoresque, pas tout à fait moderne non plus, décrépit semblerait mieux convenir. Une réalité rugueuse et dérangeante, énigmatique à force de ne pourvoir être complètement appréhendée. Chaque image semble poser une question plus qu’elle n’offre de réponse.

Le malaise vient en partie du fait que bien souvent l’humanité est absente du cadre, elle ne se devine que par les objets, l’architecture, les infrastructures, les inscriptions des panneaux publicitaires. Les images n’apparaissent pas tant vides que hantées. Les photos sont sous-exposées, sombres. Les scènes figées sur le papier évoquent un temps arrêté, suspendu comme stoppé après un événement. Il s’en dégage une certaine forme de menace. Cette sensation étrange est de plus renforcée par le fait que les territoires explorés par Fujiwara Atsushi ne sont pas tout à fait la ville, pas tout à fait la nature, ils sont intermédiaires, indéterminés, entre deux, insaisissables.

Le véritable sujet de Nangokusho n’est véritablement exposé que quand vers la fin du livre apparaissent des photos de famille. Nangokusho est un livre sur la recherche des ancêtres et des racines. Fujiwara Atsushi explore son histoire familiale en arpentant et questionnant ce bout de terre du sud du Japon. Le photographe parcourt ce territoire à la recherche de son grand-père mort avant qu’il n’ait pu le connaître, scrutant ce qui l’entoure à la recherche de sa trace (est-il passé par là ?). Ces paysages sont habités par l’image du grand-père, par son fantôme (cet empilement de bois, serait-ce un totem ? Et ce roc ?). Une part de lui y est inscrite et par là-même une part de son petit fils. Qu’elle soit connue ou inconnue,vécue ou fantasmée, peut importe, Fujiwara Atsushi la cherche. Alors il scrute, et plonge dans ces paysages âpres comme dans un miroir.

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