Robert Adams – A portrait in landscapes ( Nazraeli Press, 2006)

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Ce blog est à l’arrêt depuis un bout de temps maintenant. Plus vraiment la tête ça, plus vraiment le temps, l’impression de tourner en rond, les emmerdements qui pompent toute mon énergie et le sentiment du « à quoi bon ». Je n’ai pourtant pas envie de me résigner, de lâcher prise, de tout laisser tomber. Je me décide à écrire des billets de manière sporadique plutôt que rien du tout, en attendant des jours meilleurs. Comme je n’ai plus vraiment l’occasion d’écouter de la musique, du moins dans les conditions qui me permettent d’écrire en d’en parler comme je le souhaite, je vais tenter autre chose.

Depuis quelques années je m’intéresse aux livres photos (effet Je fouille aussi par derrière aka Crocnique) et j’aimerai essayer d’en parler. De toute manière j’en viens à considérer ce blog comme étant le reflet de mon cheminement dans la construction d’une culture, la porte d’entrée ayant été les disques et la musique.

Commençons par préciser que je m’intéresse plus aux livres de photographie (photobooks dans la langue de Shakespeare) qu’à « «la-photo ». Rappelons qu’en ce qui concerne la musique, ce qui m’intéresse la plus c’est le disque, comme un tout support+histoire+contenu. Il n’est donc pas étonnant qu’en matière de photographie, ce soit cette idée de photobook qui m’ait séduit. Non seulement, bien sûr, les photos, mais aussi le livre en lui-même dans sa matérialité physique : sa taille, sa mise en page, son papier, l’impression. Rajoutons à cela, l’enchaînement des photos, le titre, le sujet. J’aime le livre comme objet total et cohérent, comme entité physique, ce qui m’intéresse c’est l’histoire qu’il raconte mais aussi comment il la raconte.

Tout comme je préfère les albums aux compilations, je préfère les livres « œuvre » aux livres « monographie, recueil » (à moins qu’ils soient très bien faits ). Un livre intéressant est plus qu’un simple recueil de bonnes photos. Ce qui m’intéresse c’est la manière dont les photos dialoguent entre elles, construisent un tout supérieur à la somme des parties. Toutes les photos n’ont pas besoin d’être « exceptionnelles », elles doivent apporter quelque chose à l ‘édifice. L’enchaînement des photos est une narration, elle a une logique, un rythme.

Voilà pour le préambule. Passons maintenant au livre en lui-même. Je ne sais pas encore si j’ai un photographe préféré mais Robert Adams est sûrement l’un de ceux qui me touchent le plus et j’ai une tendresse toute particulière pour A portrait in landscapes.

Kerstin loves the forest and prairie and shore, which is part of my love for her. When we are there, portraiture and landscape seem one ; she shares nature’s glory, and nature is warmed by her caring.”

Robert Adams

C’est un livre très simple, tant par se forme que son contenu, une déclaration d’amour à sa femme et à la nature. Portrait et paysage sont ici étroitement liés, indissociables. On pense parfois feuilleter un album de famille. Les situations sont familières, banales : Kerstin qui joue avec son chien, Kerstin assise sur le bord d’un chemin, des arbres, des oiseaux sur le rivages… Le genre de photos que n’importe qui aurait pu prendre. Oui mais voilà, n’importe qui les aurait-il prises tant les scènes peuvent paraître sans intérêt photographique, anti spectaculaires, non remarquables. De plus, si un quidam les avait prises, aurait-il réussi à leur conférer un sens qui dépasse la simple anecdote vite oubliée, la description plate ? Aurait-il réussi à saisir ce qui fait la fragilité, l’évanescence d’un sentiment passager qui nous fait sortir hors de nous-même ? Aurait-on eu ce sentiment d’illumination ? Ces photographies sont à regarder comme on lit des haïkus. La première photo dans laquelle on peut distinguer un livre de Basho posé sur une table, semble bien être un indice allant dans ce sens. Il est donc ici question de sensations, d’ineffable, de perception, de nature.

On sent à travers les photos la quête d’Adams pour trouver sa place dans l’univers, trouver un sens à sa condition d’homme parmi les hommes, face à la nature. Il semble qu’il l’ai trouvé car il se dégage de l’ensemble des photos un sentiment d’amour et de bonheur. C’est ce qui fait toute la beauté de ce livre. Robert Adams a la capacité à s’émerveiller et sait nous la transmettre. Il est perméable à ce qui l’entoure, il sait saisir l’indicible, il sait recevoir.

Sa quête s’inscrit dans les balades qu’il effectue avec sa femme dans les prairies, les forêts, le bord de mer. Elle s’incarne dans la marche, l’action physique du corps qui se déplace dans l’environnement. On aurait pu croire que ces balades se soient échelonnées sur un court laps de temps mais en réalité les photos ont été prises entre 1965 et 2005. Seul le vieillissement de Kerstin traduit cette fuite du temps. Robert Adams ne cherche pas à capter l’instant décisif, mais la plénitude d’un moment. Chaque photo semble encapsuler une durée, la persistance d’un instant capté à travers le regard qui se pose sur un élément et y reste, le relie à ce qui a précédé et ce qui suivra – présence de l’horizon. Cela se traduit particulièrement bien par la double page aux oiseaux, qui au-delà de la redondance, évoque une pause, le temps passé par Robert Adams à simplement s’émerveiller de la beauté de l’instant, de la lumière. Difficile de ne pas retrouver dans nos souvenirs un tel moment et de nous rappeler l’odeur, le bruit des vagues, le vent fouettant le visage, le goût du sel, cette sensation au creux du ventre.

De même, l’ensemble constitué par les photographies des pages 24 à 27, reconstruit une scène : Kerstin lisant au bord de la route, Robert patientant et se déplaçant dans les alentours pour prendre des photos de l’arbre qui lui fait de l’ombre et de fils électriques. Transparaît ici l’attente, la pause, la fatigue, la chaleur d’un après midi.

A travers les yeux de Robert Adams, Kerstin est irrémédiablement liée à la nature, les balades étant un moment partagé à deux. Cette analogie transparaît de très belle manière sur deux doubles pages. Sur la première (34-35), aux motifs des vagues, répondent les cheveux de sa femme. Sur la seconde (38-39), Kerstin vieillie fait face à une souche de bois sèche. L’ombre du temps qui passe et de la mort plane.

A portrait in landscapes est un livre sur un amour qui dure depuis plus de 40 ans, sur le temps passé à deux, sur la préciosité des moment partagés, sur la vie d’un homme qui scrute la nature comme un miroir, pour y chercher un sens à son existence.

PS :

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3 Réponses to “Robert Adams – A portrait in landscapes ( Nazraeli Press, 2006)”

  1. Fred Says:

    Wouah ! Magnifique article, superbement bien écrit, qui me donne vraiment envie de découvrir ce livre et ce photographe que je ne connais pas. Contrairement à la musique où pour moi le disque est un support qui est voué à disparaitre, je partage ton opinion sur les beaux livres qui apportent vraiment quelque chose au contenu. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les maisons de disque essaient dorénavant de faire des « beaux » disques avec du contenu additionel pour rendre le support plus attractif.

    Hâte de lire ton prochain article.

  2. Denis ANDRIEU Says:

    Allez ! Ne te laisse pas abattre . Quelqu’un qui aime Alfred Deller n’a plus rien à craindre de la mort .

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