The Dove Azima, The Dove Azima (Oakhill Records, 2011)

The Dove Azima est le second album de Zachary Hay, guitariste vivant à Cleveland et auteur de Bronze Horse, dont j’avais déjà parlé ici. Comme j’avais beaucoup aimé l’album précédent, j’ai acheté celui-ci les yeux fermés. J’ai dans un premier temps cru que j’aurais dû m’abstenir.

L’ouverture peut surprendre, voire agacer. Des notes de piano approximatives et esseulées résonnent dans le vide comme en proie à une grande souffrance. Cela peut paraître maniéré, et même un peu cliché. Je suis parti sur de mauvaises bases à la première écoute du disque. Il me semblait vouloir jeter à la face de l’auditeur, du pathos de manière trop ostentatoire pour être honnête. Quelques mois plus tard, j’ai changé d’avis. Au fil des écoutes, l’impression de maniérisme se dissipe et je commence à se laisser prendre par la nature expressionniste et naïve du jeu de Zachary Hay. Ce que j’avais pris pour une posture vaine, se trouve en réalité être d’une réelle sincérité.

Zachary Hay n’a pas peur des fausses notes et des passages atonaux. Il n’a pas peur de sonner trop simple et rudimentaire. Il n’a pas peur non plus, de ne plus être guitariste du tout et il troque parfois sa guitare contre d’autres instruments, piano, gong… Il habille même certaines compositions de field recordings qu’il a réalisé auparavant et qu’il a décidé d’exhumer pour l’occasion. Il voulait donner à entendre ces sons oubliés sur des bandes magnétiques, bruit de pas dans la neige, grincement d’une porte, celui d’une route lointaine… Ces ajouts contribuent grandement à donner une atmosphère nocturne et énigmatique au disque.

Wisconsin Death Trip, Michael Lesy (Pantheon, 1973)

Quand il manie la guitare le jeu de Zachary Hay est sec et vrillé. Les notes claquent et résonnent dans le silence et le vide. Un peu à la manière d’une photographie au grain affirmé et au contraste violemment cramé qui transforme un élément qui aurait du être anodin en une menace potentielle, une hallucination tangible, certaines notes sont pesantes et lourdes de sous entendus. A l’inverse, dans quelques recoins de ce labyrinthe que tisse Zachary Hay, des accords esquissent en contrepoint une valse saoule et titubante, avant que, sans crier gare, quelques mélodies illuminent l’ensemble et irradient une chaleur douce et rassurante. Avant d’en arriver là, avant de se sentir envahit par cette douceur teintée d’espérance, il faudra traverser un désert froid et inquiétant. Il faudra se sentir seul, perdu dans la nuit.

Sur ce point, The Dove Azima m’évoque une nuit d’insomnie, quand en proie à une grande fatigue, le monde nous accable et se pare d’un voile onirique, d’une blancheur spectrale, qui plonge ce qui nous entoure dans une brume d’irréalité où le plus insignifiant élément se trouve pourvu d’une force démesurée, capable de faire vaciller la réalité. Le plus petit détail devient un monde en soi, dont on pense ne jamais pouvoir faire le tour. Les choses se bousculent et on se sent sombrer, submergé par un trop plein de sensations. Au même instant dans une autre partie de notre cerveau confus, le silence règne et un calme sournois semble recouvrir toutes choses – on glisse dans la contemplation. Comme l’aube met fin à l’insomnie et dissipe les angoisses en redonnant un visage rassurant à ce qui nous entoure, la fin du disque voit surgir des mélodies boisées et pastorales.

Pas facile dans un premier temps de trouver ses repères dans ce disque très fragmenté qui semble se disloquer au fur à mesure de l’écoute. Les moments se succèdent et on a bien du mal à rassembler les pièces du puzzle.  Elle évoque un squelette disloqué et éparpillé, gisant dans la poussière. Les ossements dispersés donnent une allure étrange au défunt qui garde une grâce incongrue, irréelle sous la lune. Il semble sourire.

Poussières et revenants peuplent ce disque aux parfums gothiques. Aussi surréaliste que funèbre, il évoque un road movie métaphysique, une virée en noir et blanc dans le désert américain, ou alors La nuit du chasseur et Répulsion projetés simultanément sur l’écran d’un drive-in dans la ville imaginaire de AMOKAT.

Ce deuxième album de Zachary Hay est encore plus hanté et fantomatique que le précédant. C’est une invitation à une dérive nocturne et solitaire sur les traces des spectres des musiciens de blues et de folk des  siècles passés. On aura du mal a trouver un album plus mystérieux cette année.

Retrouvez également cette chronique sur SUBSTANCE-M.

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2 Réponses to “The Dove Azima, The Dove Azima (Oakhill Records, 2011)”

  1. aymeric Says:

    3 A.M.
    Je crois que c’est une bonne heure pour lire ce texte et apprécier l’extrait qui l’accompagne.

    • johancolin Says:

      On ne peut rêver mieux en effet. Ou alors, si vers 6 – 7 heures au petit matin. Ce sont deux expériences complémentaires.

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