Vide-greniers et dépôts-ventes #1

C’est la saison des vide-greniers. Ce week end c’était le premier de l’année pour moi. La chasse est ouverte. Bilan pas trop mal pour une première, surtout que je n’y suis allé qu’à 16h00 (remarquez, je ne suis jamais arrivé plus tôt que 13h00 ou 14h00 à ce genre d’évènement, je ne suis vraiment pas du matin) : une compilation d’un festival de blues de 1968 à Memphis (4€), et un album de Supremes (15€). En règle générale je ne mets jamais 15€ dans un vinyle glané dans un troc et puces, mais depuis des années maintenant c’est un peu la misère – plus grand chose à se mettre sous la dent – et comme on ne croise pas très souvent des originaux des Supremes, et que je n’avais aucun disque du groupe, j’ai fait une exception.  En plus le vendeur, un vieux monsieur à l’air passionné mais un peu à l’ouest , était très sympa. Il m’a fait écouter pas mal de trucs et puis surtout ça fait du bien de parler musique avec quelqu’un en chair et en os et non par commentaires interposés sur différents blogs.

Cela fait de nombreuses années que les résultats des traques dominicales sont bien maigres. Rien à voir avec l’époque à laquelle j’avais commencé à m’intéresser aux vinyles. A la toute fin des années 90, en 1998 ou 1999, je ne me rappelle plus très bien, j’avais 17-18 ans et je découvrais la musique des années 60 et 70. Ma mère avait donc ressorti du placard sa maigre collection de disques. Pas grand chose à en tirer, à part l’album rouge des Beatles, des 45 T des Creedence Clearwater Revival et un best of de Santana. Je connaissais déjà les Beatles bien évidemment, mais pas encore les Creedence ni Santana. Merci maman pour les découvertes.  Du coup j’en avais parlé à mes potes et l’un d’entre eux m’avait dit que la Trocante regorgeait de vinyles à pas cher. Il ne m’avait pas menti. Quand je suis allé y faire un tour, il y avait effectivement des caisses et des caisses de disques. Tous en bon état et bien rangés dans des bacs par ordre alphabétique. Ma culture musicale à cette époque était bien maigre et souvent j’achetais les disques un peu au hasard, selon que le nom me disait vaguement quelque chose ou non. « Hum, Lou Reed, c’est bien ça ? Ca me dit un truc, bah j’aime bien la pochette. Vendu » ou encore « Tiens, Leonard Cohen. Y’a son nom dans une chanson de Nirvana. On va tenter on verra bien ». Quand j’y repense c’était complètement incroyable le nombre de disques qu’il y avait. Beatles, Doors, Dylan, Pink Floyd, Bowie… Tout était à 20F, puis plus tard à 3euros. Je me suis constitué des discographies entières de certains artistes  pour presque rien. En tant qu’adolescent mon pouvoir d’achat était assez maigre et je ne pouvais acheter que deux ou trois disques à la fois. Alors je devais laisser pleins d’albums derrière moi, parfois j’en cachais en priant qu’il soient encore là la semaine d’après. J’ai encore en travers de la gorge la pile d’albums de Tom Waits et le Kraftwerk avec le plot orange sur la pochette que j’avais dû reposer faute d’argent.  Je n’ose imaginer ce que j’aurais pu trouver si j’avais commencé à collectionner les vinyles à peine un ou deux ans plus tôt et si j’avais connu plus de choses. Rétrospectivement je me dis que le top avait dû être dans les années 80 quand les gens revendaient leurs vinyles pour racheter les albums en CD. Certains ont dû faire de sacrées affaires…

C’était vraiment une époque formidable et je me rappelle très bien les sensations que j’éprouvais alors. J’étais surexcité, le ventre noué, fouillant frénétiquement les bacs. J’inspectais les disques, essayant de me rappeler si j’avais déjà entendu parler de tel ou tel artiste, en bien ou en mal. Je scrutais les pochettes et les labels pour en connaître l’année. Si l’album datait d’entre 1966 et 1971 j’achetais les yeux fermés. S’il datait d’après 1975 j’étais plus hésitant. Et les coups de stress quand quelqu’un d’autre fouillait en même temps que moi et qu’il sortait un disque pour le regarder. « Merde c’est quoi, c’est quoi. » Une partie de ma culture musicale s’est construite à la Trocante de Quimper, et  c’est comme cela que suis devenu amoureux du format vinyle alors qu’au départ ce n’était pour moi qu’un simple moyen d’avoir de la musique à pas cher. L’abondance fut cependant de courte durée et après quelques années, il y a eu beaucoup moins de choses intéressantes, et puis plus rien. Idem pour les trocs et puces et autres vide-greniers. Heureusement que je suis ensuite parti deux ans en Angleterre où la magie a opéré une seconde fois. Incroyable tout ce que l’on trouve dans les bacs en solde des arrières boutiques.

Rien n’est comparable à l’excitation de parcourir les bacs des vide- greniers et autres dépôts-ventes à la recherche d’une hypothétique pépite. Les listings d’ebay paraissent bien mornes à côté. Je suis assez nostalgique de cette époque mais je ne perds pas espoir, il y aura peut être un nouvel âge d’or un jour.

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6 Réponses to “Vide-greniers et dépôts-ventes #1”

  1. Laurent - Clap Yo Handz Says:

    ça va t’as pas pris le pire des Supremes… Moi aussi j’ai eu un lieu où je trouvais ce genre de disque pour 5€ quand je suis arrivé à Paris, la librairie Parallèles vers les Halles. C’était carrément ma deuxième maison à l’époque. C’est toujours là d’ailleurs, tenus par des soixantenaires soixante-huitards, qui jouaient souvent des disques blues-pop un peu cheap qui ne faisaient que rajouter du charme à l’endroit. C’est clair qu’on achète pas sur ebay pour la chaleur humaine. J’ai jamais chiné en Angleterre, par contre les fois où je suis allé aux US, bonjour les palpitations quand tu rentres dans les shops.

    • johancolin Says:

      Je ne suis jamais allé aux Etat Unis, mais j’imagine que ça doit être l’Eldorado. Y’a vraiment moyen de faire des craquages complets chez certains disquaires. Je pense bien que là-bas il doit y avoir des tas d’albums de R’n’B, blues, funk, soul … et que ça doit être aussi commun que les albums de Sardou chez nous. Peut être pas des originaux, c’est sûr, mais on s’en fout.
      Je ne sais pas si j’ai eu de la chance en Angleterre mais j’ai trouvé des albums des Sex Pistols, Led Zeppelin, Bowie, Zappa, Neil Young, Van Morrison … pour 1,5€. Il y avait plein de trucs entre 3 et 8 euros qu’on ne trouve pas facilement en France pour se prix là. Ah c’était le bon temps. J’ai ramené des centaines d’albums avec moi.

    • johancolin Says:

      Ouais l’album des Supremes est vraiment génial. Je l’écoute en boucle depuis dimanche. J’ai vraiment beaucoup de lacunes en ce qui concerne la musique populaire américaine des années 60, la Motown entre autre. Y’a plein de trucs archi-classiques que je connais très mal, le genre de truc qu’on connais à l’oreille pour en avoir entendu des extraits dans des films ou des pubs, mais qu’on n’ jamais entendu en entier par ce que y’a plus aucune radio grand public qui fait son boulot (enfin ce qui devrait être son boulot dans un monde parfait). Du coup sur le tard j’ai découvert des trucs aussi basiques de Chuck Berry et Elvis. J’ai soudain réalisé qu’avant mes 25 ans je n’avais JAMAIS entendu une chanson de Chuck Berry en entier. Je n’avais même jamais entendu Carol – du coup j’ai mieux compris la pub pour Kamol. Il faut vraiment que je creuse dans ce sens. Heureusement que youtube est là pour découvrir facilement toutes ces musiques.

  2. Laurent - Clap Yo Handz Says:

    envoi moi un mail, je détiens pas le savoir absolu mais la culture populaire 60 (dont Motown bien sûr) je connais pas mal.

  3. Philippe Dumez Says:

    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ton histoire. La mienne est un peu semblable à la tienne. J’ai commencé à acheter des vinyles au milieu des années 90, quand tous les magasins se débarrassaient de leurs stocks : tu pouvais vraiment choper tout pour 10 balles, c’était un vrai bonheur. J’ai fait 10 ans de chine intense, exactement comme tu le racontes dans tes billets, et puis j’ai fini par baisser les bras devant le fait que les prix aient augmenté et que de plus en plus de monde s’y intéressait. En plus, je finissais par uniquement racheter en vinyle des albums que j’avais déjà en CD, ça n’avait pas de sens. Paradoxalement, j’ai ressenti la même excitation en trainant sur les blog albums au milieu des années 2000, sorte de vide-grenier virtuel. Et puis en rachetant pour un ou deux euros plein de CD, à l’heure où tout le monde s’en débarasse sans scrupule. Comme quoi il y a toujours un age d’or, mais c’est juste le support qui change !

  4. johan Says:

    Bonjour,

    Il faut croire que ce n’est pas forcément un paradoxe d’avoir ressenti la même chose avec les blogs, parce que c’est la même chose pour moi. Je ne pourrais jamais assez souligner l’importance qu’ont eu une poignée de sites (associés au téléchargement [illégal]) dans le développement de ma culture musicale. Avec internet on a accès à tellement de choses qui nous aurait été impossible de découvrir autrement ! Par contre je n’ai pas encore trouver d’endroit où acheter des CD pour 1 ou 2 euros…

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