Jonathan Fire Eater – Tremble Under Boom Lights (The Medecine Label, 1996)

C’est en farfouillant des mes CD que je suis retombé l’autre jour sur cet EP, qu’il est vrai j’avais quelque peu oublié. Comme beaucoup d’autres il était resté en pension chez mes parents car tous mes disques ne me suivent pas dans mes multiples déménagements. C’est avec une pointe de nostalgie que je réécoute Jonathan Fire Eater.

Il me semble que je l’avais découvert par l’intermédiaire du magazine Rocksound. Dans la chronique qui lui était consacrée il devait être question d’un état d’esprit similaire au Jon Spencer Blues Explosion ou quelque chose dans le style. J’avais 15 ou 16 ans et je venais de découvrir le blues énervé de Jon Spencer via son album réalisé avec R.L. Burnside. L’idée qu’un autre groupe puisse œuvrer dans le même style le rendait immédiatement désirable. Le hasard a voulu que justement quelques jours ou semaines plus tard je tombe sur Tremble Under Boom Lights chez feu le disquaire qui se trouvait en haut de la rue des boucheries à Quimper (j’ai oublié le nom du magasin). Le EP était là mais en import, donc très cher, en tout cas pour mes faibles moyens de lycéen. J’ai quand même demandé à l’écouter. J’ai immédiatement été séduit mais la question était de savoir si je l’étais suffisamment pour dépenser 120 F dans un CD qui n’avait que 5 chansons (à cette époque quand j’hésitais entre deux albums j’achetais systématiquement celui qui avait le plus de morceaux, histoire de rentabiliser l’achat au maximum). Je suis reparti du magasin sans le CD, la musique résonnant encore dans ma tête. Ce n’est qu’arrivé à la voiture où m’attendait ma mère que je me suis dit merde. Je lui empruntais l’argent, lui demandais de patienter 5 minutes et retournais en courant chez le disquaire. Je n’ai jamais regretté mon achat ni la somme dépensée. J’ai de plus fait le bonheur de pas mal de mes amis car le CD est passé de mains en mains et de cartables en cartables, ce qui explique qu’il soit pas mal abîmé. C’est aussi à cela que l’on reconnaît les disques qui ont compté : à leur état d’usure.

Jonathan Fire Eater ne ressemble pas au Jon Spencer Blues Explosion mais les deux groupes partagent quelques points communs et une certaine affection pour le son rétro du rock garage des années 60. Cependant là où le Blues Explosion fait la part belle aux guitares, Jonathan Fire Eater se distingue par l’utilisation de l’orgue farfisa. C’est en effet cet instrument qui donne sa particularité à la musique du groupe. Chaque morceau repose sur un riff d’orgue imparable et instantanément mémorisable.

Aux sons acides et chaleureux de l’orgue viennent s’ajouter les sonorités aiguisées et tranchantes des guitares. Elles sonnent comme une mise à jour du son des années 60 via la No wave dissonante. Ajoutez à cela une section rythmique impeccable, carrée et dansante et la voix aux intonations terriblement sexuelles de Stewart Lupton, sorte de croisement à la morgue toute adolescente entre Mick Jagger et Jon Spencer, et on obtient un résultat vraiment addictif. Les cinq morceaux qui composent le EP sont tous sensationnels. The Search For Cherry Red ouvre l’album par un vrombissement l’orgue. Quand les premiers accords de ce dernier résonnent enfin accompagnés pas la batterie syncopée et le basse hypnotique on sait que l’on va assister à un grand moment de rock’n roll et ce ne sont pas les déflagrations électriques et acérées de la guitare de Paul Maroon qui nous feront penser le contraire.

Les riffs d’orgue de Make it precious et de The Beautican semblent tout droit sorti de la B.O. de Pulp Fiction. Là encore tous les musiciens sont parfaits. La cohésion entre les membres du groupe est forte. Jonathan Fire Eater a un son abouti qui lui est propre malgré les références évidentes. Pas vraiment de nostalgie ici. Pas d’hommage trop révérencieux non plus. Juste la perpétuation d’un héritage que l’on a assimilé. Le son des années 60 via 1996, parce que c’est bon tout simplement.

Give Me Daughters est sans doute le morceau le plus dansant du EP. Le groove est irrésistible et vraiment jouissif. Je ne peux m’empêcher de penser que c’est ce que Duffy a essayé de faire avec son tube Mercy. Sauf que Jonathan Fire Eater est mille fois plus rock et hargneux. La musique sent la sueur et la testostérone. Même quand le groupe réduit sa musique à une basse et une batterie, la demoiselle ne peut rivaliser, trop occupée à savoir si sa coiffure et toujours en place et si son visage prend bien la lumière. Là où Duffy se repose sagement sur une esthétique et s’en sert pour donner une coloration à son moreau, Jonathan Fire Eater explose et déborde de vie et d’arrogance. Ils ne se reposent pas sur des références ou des clins d’œil, ils sont les références.

La musique est hargneuse et tendue. Jamais les musiciens ne relâchent la pression même dans les moments les plus calmes comme Winston Plum : Undertaker. Si le Blues Explosion frise par moment l’hystérie, Jonathan Fire Eater déborde d’une rage classieuse. Le groupe s’inscrit dans la lignée des groupes de jeunes gens bien habillés qui durant les années 60 ont pondu des singles magistraux, plein d’élégance et de rage revêche, je pense notamment aux Artwoods dont le gars derrière l’orgue ira officier chez Deep Purple. C’était peut être donc là la destiné de Jonathan Fire Eater. Excellé le temps d’un magnifique  EP et disparaître après un second album qui n’avait pas l’énergie des premiers essais, tout comme certains de ses aînés 30 ans plus tôt.

PS : Après avoir dissout le groupe en 1998, les musiciens se sont reformés avec succès sous le nom The Walkmen, mais sans le chanteur parti chez The Childballads.

Retrouvez également cette chronique sur SUBSTANCE-M.

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4 Réponses to “Jonathan Fire Eater – Tremble Under Boom Lights (The Medecine Label, 1996)”

  1. fred Says:

    Tiens je ne savais pas que les walkmen étaient issus de ce groupe. Très bon EP, même si effectivement l’énergie est beaucoup plus contenue que chez Jon Spencer. L’orgue apporte un vrai plus.

    • johancolin Says:

      Ça me fait du bien de réécouter toutes ces « vieilleries ». Franchement ça n’a pas pris une ride. On ne s’en sort pas trop mal quand même, on n’a pas trop à rougir de ce qu’on écoutait quand on était jeunes. En fait tu te rappelles du nom du magasin de disques de la rue des boucheries ?
      Je ne savais pas non plus que les Walkmen étaient des ex membres de Jonathan Fire Eater. Du coup faudrait que j’y jète une oreille plus attentive.

  2. Fred Says:

    Non, je ne me rappelle plus du nom de la boutique. De mon côté aussi je ressors les vieux CD pour écouter des trucs en voiture en attendant d’acheter une interface Ipod. Je réécoute des groupes comme Faith no more, Pearl Jam, Deftones, Jimi Hendrix, jane’s addiction etc…

    • johancolin Says:

      J’ai re-tenté Jane’s Addiction y’a pas longtemps. Rien à faire, c’est pas mon truc hormis une ou deux chansons.

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