The XX – XX (Young Turks, 2009)

XX aura fait couler beaucoup d’encre. Difficile de passer à côté de sa sortie. Hype comme on dit maintenant.

Alors même que je commençais à décrocher de la scène indé et que le revival cold wave/année 80 commençait à sérieusement me taper sur le système, les XX ont débarqué et ont réussi à insuffler de la fraîcheur en reprenant la plupart des poncifs du genre: chant distant, basses rampantes, guitares cristallines, atmosphères neurasthéniques. D’une certaine manière, il est vrai que les XX ne proposent rien de neuf, rien qui n’est été entendu des dizaines de fois auparavant. Ils le font cependant avec une fraîcheur rare et précieuse. Ils se situent à l’extrême opposé de groupes tels que The Horrors. Primary Colours (quelle subtile référence, j’aurais dû me méfier…), leur dernier album en date, m’avait dans un premier temps fortement impressionné, j’avais même failli l’acheter. Je les ai ensuite vus en concert à la Route du Rock en 2009: j’ai écouté 2 chansons et je suis allé au bar. Ces mecs sont des clichés, des poseurs. Ils sont très compétents, certes. Ils connaissent leurs classiques sur le bout des doigts. Ils ont digéré jusqu’au plus infime détail de coiffure l’esthétique cold wave et la restituent avec brio. C’est bien le problème. Tout est trop parfait, calculé. Ils jouent un rôle, ils appliquent des recettes. Aussi savoureux que soit le résultat c’est précisément ce qui m’horripile le plus au monde. Ils sont déjà vieux, ils ressassent.

A l’inverse, les XX sont jeunes. Ils le sont aussi à l’état civil, les deux filles et les deux garçons ont une moyenne d’âge de 19 ans, et c’est peut être justement grâce à ce jeune âge qu’ils ne sont pas écrasés par le poids de l’héritage de leurs aînés. Ils sonnent comme s’ils inventaient la cold wave, sans jamais s’excuser de ne pas avoir eu 20 ans en 1980. Ils ont l’assurance de la jeunesse et cela fait plaisir. Les Young Marble Giants et la dubstep s’unissent sans aucun jugement de valeur. XX a le son du Londres des années 2000. Aucune nostalgie, le présent est là, le spleen et la candeur de l’adolescence n’a pas d’époque. Avec ce mélange des genres, le groupe a miraculeusement développé une identité, un son instantanément reconnaissable qui lui est propre.

J’aime XX pour sa sobriété. C’est par ailleurs la production, limpide et inventive qui permet aux chansons, d’une simplicité parfois désarmante, de ne pas s’écrouler. Les titres sont courts. les XX ne tournent pas autours du pot. Tout est direct et frontal. Les chansons se finissent même souvent de manière abrupte, en queue de poisson, pour laisser place à la suivante. Du coup, malgré la neurasthénie, le sentiment d’urgence et la tension sont quand même là. Étonnamment la musique ne sonne jamais sinistre. Elle n’est pas plombée par une noirceur écrasante. Elle est noire mais pas sans espoir, pas désespérée. Juste un peu déprimée, pas dépressive. Comme beaucoup de musiques qui me touchent elle incarne l’adolescence éternelle. Entre enfance et âge adulte, mal à l’aise, habillée en noir donc, elle est cependant prête à en découdre avec l’avenir. Je pense souvent au In My Room des Beach Boys mais enregistré en 2010 dans un quartier pourri de Londres. Alors bien sûr, ici pas d’harmonies vocales à couper le souffle mais une jolie alternance entre une voix de garçon et une voix de fille. Deux voix jeunes, sensuelles et touchantes.

Bien souvent les compositions reposent sur peu d’éléments. Pour VCR se sont les quelques notes de xylophone d’entrée et une ligne de guitare. Pour la petite histoire, c’est avec cette chanson que j’ai succombé à l’album. C’est en l’entendant par hasard chez Bernard Lenoir, sans qu’elle soit annoncée, que j’ai été séduit par sa pureté et sa simplicité. A l’inverse quand je l’avais écoutée les premières fois avec une oreille avide, elle m’avait laissé de marbre. J’avais bien failli passer à côté du groupe. C’est parfois le problème quand on écoute un titre en faisant la démarche de la découverte, après en avoir entendu parler dans un magazine ou sur un blog : on en attend quelque chose. Quand on est pris par surprise, on n’est pas sur ses gardes et donc plus enclin à être étonné et connaître le grand frisson de la stupeur pop.

Islands est assurément l’un des titres les plus accrocheur de l’album, j’aurais pu également succomber avec lui. Il fourmille d’idées mais celles-ci ne durent jamais plus de quelques secondes. La géniale boucle de guitare d’intro (admirablement bien traduit dans le clip) un break par ci, deux notes de guitare en contrepoint par là. Cette façon de faire des XX se retrouve sur quasiment tous les titres dont notamment, Basic Space, autre single évident. L’intro est minimaliste à souhait un accord de synthé, deux notes de basse et des bruissements de percussions légères. Alors quand le refrain part d’un coup et que les beats métronomiques font leur apparition, difficile de ne pas bouger la tête en rythme. Après la chanson évolue de manière constante et subtile, les instruments vont et viennent, apparaissent et disparaissent. Le rythme régulier devient subitement et momentanément syncopé, l’espace d’une seconde la basse rigide prend des allures funky, le tout avec une fluidité et une aisance déconcertante. Autre exemple avec Heart skipped a beat : à 1’11 », une fausse monté de 15 secondes qui s’arrête net avant de laisser la place à des beats plus prononcés qui eux dureront 20 secondes avant que la chanson ne retombe dans une douce mélancolie. A 2’22 » une ligne de guitare commence mais la chanson ne prend toute son ampleur qu’à 3’03 » et cela pour uniquement 30 secondes. Même configuration pour Night Time qui ne décolle pratiquement qu’à la fin. Une chanson des XX c’est un peu comme un épisode des Simpson, le début n’a absolument rien à voir avec la fin. Il y a toujours des histoires dans l’histoire.

Les XX ont le sens de la mise en scène et de la mesure. L’album est très bien construit. Les tires plus évidents et pop alternent avec les titres les plus atmosphériques. Tous ne sont pas mémorables mais ils participent grandement à l’ambiance de l’album. Certains sont même tellement atmosphériques et minimalistes qu’ils menacent de disparaître comme Fantasy, interlude hyper gonflé, parce que là, il n’y a quasiment plus rien, juste un synthé vaporeux et distant et quelques notes de guitares égrainées sur une ligne de basse à une note. Il y a cependant une raison à ce dénuement, cet interlude n’est là au final que pour renforcer le titre suivant Shleter qui est si délicat et fragile qu’il aurait été bouffé s’il avait été précédé d’un autre titre.

D’autres morceaux dont la composition est moins éclatante que celle des singles tirent cependant leur épingle du jeu. Après un titre comme Basic Space, Infinity, qui rappelle étrangement Chris Isaac, aurait pu tomber à plat, mais cela est sans compter sur la qualité de la production ultra inventive mais jamais tape à l’oeil de Jamie Smith. Car si Infinity est en apparence assez simple, quand on tend attentivement l’oreille, on se rend compte de tous les petits détails en arrière plan qui lui donnent de la consistance (écoutez attentivement les percussions qui ressemblent étrangement à un gimick de salsa.)

Les XX ont de l’assurance et ils en font preuve jusqu’au bout. Il faut avoir du cran pour finir un album par une chanson comme Stars. Elle est en effet l’une des moins mémorables que je connaisse mais sa fin abrupte clôt l’album comme des points de suspension. Elle laisse résonner le silence et nous laisse sur notre faim à attendre, parce que non, on ne finit pas un album comme cela.

On verra bien si les XX arrivent à donner un successeur à ce premier album. Plus d’un groupe se sont cassés les dent sur cet exercice délicat. En tout cas je l’attends de pied ferme.

L’album est en écoute sur Deezer et l’album de remix de Gil Scott-Heron par Jamie Smith est en écoute en intégralité sur le site du Guardian.

Cette chronique est également chez SUBSTANCE-M

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4 Réponses to “The XX – XX (Young Turks, 2009)”

  1. Francky 01 Says:

    Hello Johan.
    Content de lire ici un papier sur ce groupe, The XX. Leur premier disque « xx » m’avait à l’époque scotché, les ayant même placé n°1 de mon top disques 2009.
    C’est vrai qu’il n’invente en réalité rien mais ils ont su digérer leurs influences 80′ (cold wave, synth pop,…) pour proposer une musique qui sonne neuve. Minimalistes, synthétiques, mélancoliques et atmosphériques, leurs compositions sont d’une fluidité, d’un minimalisme et d’une évidence déconcertante. De plus, la production est d’une richesse inouïe.
    Aujourd’hui encore (2 ans + tard), j’aime me laisser bercer par ces courts titres et très planants au lyrisme mélancolique.
    Leur musique n’est pas qu’une « hype » passagère (comme on aurait pu craindre à sa sortie) mais belle et bien une œuvre durable qui traversera le temps.
    « xx », un disque de nuit, d’errance nocturne pour insomniaques mélancoliques, onirique et poétique. Une poésie de l’épure sonore !!!

    Ma critique ici : http://muziksetcultures.over-blog.fr/article-52494845.html

    A + +

    • johancolin Says:

      je prends encore plus de plaisir à écouter ce disque aujourd’hui qu’il y a deux ans.
      PS : félicitations, tu es le 300ème commentaire de ce blog !

  2. fred Says:

    The XX fait partit de mon top 3 des groupes en « the » (avec The Kills et The National) qui m’ennuient profondément alors que les critiques sont plutôt bonnes.

    Je ne l’explique pas.

    • johancolin Says:

      Je ne savais pas que les XX étaient en groupe en « the ». Je croyais que c’était un groupe en « X ».

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