France – Deux Lives (8mm Records, 2010)

Vous n’en avez pas marre des cassettes limitées à moins de 100 exemplaires ?

C’est à la fois très excitant et très frustrant ce déferlement incessant de productions plus limitées et obscures les unes que les autres. Parfois je fais une overdose et je me dis que tout cela est bien ridicule et qu’il est bien plus stupide encore d’essayer de tenir le rythme et de ne pas perdre le fil. D’autres fois je me sens comme dans l’oeil du cyclone. Je suis à San Francisco en 1967. Je suis à Londres en 1976. Feu de paille ou pas, le temps le dira, toujours est-il que la scène musicale actuelle déborde d’énergie pour le meilleur et pour le pire. Laissons le pire de côté et venons en au meilleur.

Même si en règle générale j’évite de mettre mon nez dans les sorties au format cassette pour ne pas me sentir noyé,  ma curiosité l’emporte parfois. Alors que je traînais sur le site de 8mm Records à la recherche de l’album Northern Resonance III/II, je suis tombé sur une cassette réalisée par un groupe au doux nom de France. 8mm le décrit comme le secret français le mieux gardé et compare leur musique à quelque chose comme la rencontre de musiques régionales françaises et La Monte Young. De quoi piquer ma curiosité. Malgré l’absence d’extraits en écoute (que certains label « négligent » de mettre de la musique en ligne pour faire découvrir les groupes me dépasse complètement), je tente ma chance et commande la cassette avec le vinyle de C. Spencer Yeh et Jon Wesseltoft.

En insérant la cassette dans mon walkman, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je dois même avouer que j’étais un peu sceptique. J’ai bien vite été rassuré. France s’avère être une superbe découverte tout autant qu’une synthèse de pas mal d’obsessions personnelles.

Je ne sais pas si le martèlement métronimique de la batterie a plus à voir avec le jeu de Moe Tucker ou le krautrock. Peut être un peu des deux. En tout cas, le rythme lent et hypnotique sert de colonne vertébrale à l’ensemble du morceau de la face A. La section rythmique composée de la batterie de Mathieu Tilly et de la basse de Jérémie Sauvage reste bloquée dans une boucle immuable qui persistera les 45 minutes que dure Do Den Haag Church. Seule la vielle à roue électrifiée de Yann Gourdon vagabonde comme un animal sauvage.

Sauvage, le mot est lâché. L’instrument moyenâgeux prend ici un sacré coup de jeune et se transforme en modulateur de murs de larsens. Yann Gourdon sort de son instrument des sons inouïs. Des murs de saturations électriques et perçantes qui n’auraient pas dépareillé sur Sister Ray. Les vagues de stridences vont et viennent. La vielle se calme par moments laissant ainsi apparaître le squelette du morceau avant de faire déferler à nouveau son flot de bourdons acides et râpeux. Le rythme ne flanche pas. La batterie cogne sec et la basse ressasse inlassablement la même ligne mélodique au son saturé et métallique.

Dire que la musique du groupe est de nature obsessionnelle est un euphémisme. Car si la face A est un monolithe de larsens à l’énergie dévastatrice, figurez vous que la face B est identique. Et quand je dis identique, je ne veux pas dire similaire, ou dans le même état d’esprit. Non la MÊME chose. Far Out, Far West semble être le prolongement de Do Den Haag Church après que le groupe exsangue et en transe ait joué pendant 8 heures et qu’il ait légèrement modifié le son, et ralenti la cadence.

Et bien figurez-vous que 1h30 de France n’est pas assez. Je suis bien content que mon walkman ait un autoreverse pour que la face A succède à la face B.

Do Den Haag Church qui semble avoir fait l’objet d’une précédente édition CDr est en écoute ici.

France n’est en réalité que le sommet de l’iceberg et des nombreux projets parallèles sont à découvrir , et

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3 Réponses to “France – Deux Lives (8mm Records, 2010)”

  1. Francky 01 Says:

    Salut Johan.

    Tous ce courant d’artistes enregistrant des productions ultra limitées, je ne sais qu’en penser ! Est-ce trop élitiste ?? Tout cela n’est-il pas une forme publicitaire détournée, sournoise, ne disant pas son nom et ayant pour but la ruée sur les produits ??? Je ne sais pas.
    Remettre le format cassette à l’honneur, à l’ère du tout numérique, a comme un parfum de résistance qui me séduit plutôt bien. Ce n’est pas le problème du support mais de la quantité et de la multitude des productions. Avec certains groupes, on frôle l’overdose. Et ça devient le truc du moment. Si t’es dans le coup, il faut que tu ais la dernière K7 éditée à 50 exemplaires de machin truc !!
    Est-ce une « hype » malgré le discours alternatif et indépendant ???

    Je ne connais pas ce groupe mais intrigué par ton papier, je suis allé écouter leur musique. Un concert du 5 mars 2009 à Pau. Et je ne sais qu’en penser aussi. Ultra répétitif, changements et nuances très subtiles, monotonie, bref, le type d’univers qu’il faut du temps pour entrer en son sein. Et même, je ne peux pas.
    Trop expérimental mais surtout répétitif et entêtant à mon goût !!! Au bout d’un moment, ça devient même prise de tête.

    Malgré que j’ai dis pour plusieurs points je ne sais qu’en penser, là par contre, je sais : je n’accroche pas.

    A + +

    • johancolin Says:

      Ouais France ça passe ou ça casse.
      Concernant les productions hyper limitées y’a sûrement un peu de tout ce que tu dis dans le commentaire. Ni tout noir, ni tout blanc. C’est marrant, le commentaire que j’ai eu sur substance M portait également sur l’élitisme.
      Il faut également ne pas perdre de vue que si les K7 sont réalisées à très faibles tirages c’est parce que les structures qui les produisent sont de petite taille et que les groupes ont un public restreint. Si demain je me lance dans la musique pas sûr que je j’investisse dans un tirage de plus de 100 exemplaires. Si j’en vends 10 je serai déjà content.
      Bien sûr cette remarque ne vaut que pour les groupes inconnus comme France, un peu moins pour les plus « médiatisés » , bien qu’encore une fois, il faut vraiment relativiser et se dire que le public qui lit certains blogs « spécialisés » est lui aussi assez restreint.
      Je serai vraiment curieux de savoir combien d’albums vendent vraiment les Emeralds, archétype du groupe dont tout le monde parle mais dont au final peu de gens achètent les albums, je pense. C’est vrai quoi, ils sont partout, sur tous les blogs que je peux lire, sur tous les webzines mais au final leurs albums limités à 1000 exemplaires en vinyle ne sont pas épuisés si rapidement que cela …

  2. suspiral.blogspot.com Says:

    great tape, great live band!

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