C. Spencer Yeh, Jon Wesseltoft – Northern resonance III/II (8mm Records, 2010)

Je me demande dans quelle mesure Northern Resonance III/II est le fruit de la Norvège. C’est peut être juste un amalgame entre les mots, une association d’idée parce que il y a Northern dans le titre et que l’album a été enregistré à Oslo, mais cette musique me fait invariablement penser à un autre album : Milvus de Mats Edén, qui lui prend ses racines dans la musique traditionnelle de l’ouest de la Suède.

Si Milvus est d’une pureté presque cristalline et renvoie à la beauté tranquille de paysages enneigés et transis de froid, Northern Resonance III/II est quant à lui plus massif, plus bruyant, plus agressif et d’une certaine manière plus brûlant.

Spencer Yeh (violon) et Jon Wesseltoft (harmonium) se sont retrouvés à Oslo durant l’hiver 2008 puis en févier 2010. Northern Resonance III/II est le fruit de ces sessions. Sur les deux morceaux (un par face) qui composent l’album, la cohésion entre les musiciens est impressionnante. Violon et harmonium se mêlent en un magma sonore qui enivre comme une liqueur ou un parfum capiteux. Le jeu hyperactif de Spencer Yeh crée une strate compacte de notes qui viennent se mélanger aux longs accords de l’harmonium de Jon Wesseltoft. Les sons sont stridents voire même agressifs si on n’a pas l’habitude de ce genre de tonalité, mais plus que de brutalité c’est de puissance dont il est question ici.

La musique est en perpétuel bouillonnement. Des milliers de mélodies sembles être esquissées à la fois. Sous les sonorités dissonantes, des motifs délicats s’entrelacent. Lors des premières écoutes je faisais invariablement un lien avec les musiques folkloriques du nord de l’Europe, mais aujourd’hui après avoir écouter l’album en posant l’aiguille du tourne disque aléatoirement sur la surface du vinyle, ce sont également des fantômes de ragas indiens qui viennent hanter mon imagination.

Étrangement, cette musique incandescente ne m’apparaît pas extatique ; enfin pas au sens d’une explosion de joie. J’ai du mal à cerner précisément cette sensation. D’une certaine manière la musique se suffit à elle même et ne semble ni être dans l’attente, ni tendre vers une résolution ou un paroxysme. Elle semble flotter dans une euphorie dorée, une joie intense mais cependant légèrement troublée. Les forces à l’oeuvre sont trop colossales pour être pures.

La musique irradie une énergie sauvage et brûlante. Elle dégage une force incommensurable qui renvoie à celle de la nature et par là même aux paysages à couper le souffle de la Norvège, voire au delà, à l’infini de l’univers. Son agitation évoque le chaos perpétuel, le mouvement de la matière en fusion, le vacarme assourdissant d’une éruption solaire, l’attraction des corps célestes.

Ce qui est surprenant c’est la capacité de Spencer Yeh et Jon Wesseltoft  à évoquer le cosmos et les paysages majestueux aussi bien que les hommes à travers les bribes de mélodies folkloriques qui transparaissent ça et là sous les drones denses. Ces échelles à priori inconciliables se télescopent et de ces tensions naît un chaos riche et magnifique.

Northern Resonance III/II est assurément l’un des disques les plus enivrants et fascinants de 2010 avec The Electric Harpsichord de Catherine Christer Hennix.

Des extraits sont en écoute ici.

Retrouvez également cette chronique sur SUBSTANCE-M

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