Magik Markers – Boss (Arbitrary Signs, 2007)

Quand des groupes se cantonnent au bruit et à l’agression continue ce n’est pas toujours parce qu’ils ne savent pas écrire de chansons ou jouer de leurs instruments.

Je n’avais pas vraiment accroché avec les Magik Markers, trop de bruit, trop de fureur. Les larsens de l’intro du premier titre de Boss, Axis Mundi ne m’avaient pas vraiment rassuré à la première écoute. Je m’attendais alors à ce que l’album soit un nouvel assaut frontal sans compromis. Rien ne laissait présager la suite : une vraie chanson, avec des paroles, un rythme, des riffs, une ligne de basse. Et quelle chanson ! Axis Mundi suinte le danger par chacun de ses pores et possède un groove lourd et sexuel. Sa ligne de basse au psychédélisme désabusé évoque le désert et un soleil de plomb. Même le passage free au milieu du morceau est contenu et réussi à se lover dans le cadre strict du format rock.

Mais ce n’est là que le premier titre et le meilleur reste à venir. Le groupe enchaîne avec Body Rot qui est l’un des morceaux que j’ai le plus écouté en 2007. En le redécouvrant en 2011 il me parait toujours aussi addictif. Peter Nolan derrière sa batterie propulse le morceau à un train d’enfer tandis que Elisa Ambrogio semble vouloir tout détruire à coup de riffs incisifs. Survitaminé, envoyé pied au plancher, les aiguilles dans le rouge, Body Rot emporte tout sur son passage.

Le troisième morceau, Last Of The Lemach Line, est plus posé mais maintient brillamment la tension. La musique est constamment sur le point de rupture, dérangée, prête à exploser. C’est une plongée en eau trouble et Elisa Ambrogio n’a jamais sonnée aussi vénéneuse et sexy.

Arrivé à ce point, rien ne peut cependant préparer à ce qui va suivre : une ballade au piano. C’est bien l’une des dernières choses que l’on pouvait attendre des Magik Markers. Qui aurait pu prévoir cela ? Et le pire est qu’ils s’en sortent haut la main. Ils poussent même le vice jusqu’à parsemer la fin du Empty Bottles de touches délicates de métallophone. Délicat ne veut pas dire mièvre et grâce au son crade du piano, le morceau fait figure de ballade de paumés au petit matin dans un bar punk et garde ainsi une certaine continuité avec le reste de l’album.

Après une telle face A on se demande ce que peut réserver la face B. Et bien à peu près la même chose. Pas de baisse de régime. Les Magik Markers ouvrent même les hostilités avec Taste qui aurait du être un tube. Un grand moment de rock cradingue, rampant et sensuel. Le morceau finira même sur la liste des meilleurs titres de l’année 2007 de Pitchfork.

Four / The Ballad Of Harry Angstrom est une fausse ballade en spirale descendante. On baigne ici dans les même eaux troubles que Last Of The Lemach Line, mais l’ambiance est plus pesante. Tout semble aller au ralenti de manière très malsaine. On étouffe.

Pat Garrett prend quelques libertés avec le format rock, ce sera la seule exception notable de l’album. C’est un titre instrumental composé de murs d’effets et de pédales de distorsions en tout genres. Si les Emeralds faisaient du rock bruitiste ça pourrait ressembler à cela, sinon on pense également à Sonic Youth et leur Daydream Nation (on y pense très fort depuis le début de toute façon). D’une certaine manière c’est assez normal, Lee Ranaldo produit l’album et joue sur plusieurs titres.

Avec Bad Dream / Hartford’s Beat Suite les Magik markers nous prouvent que la ballade au piano qu’était Empty Bottles n’était pas qu’un heureux coup de chance mais qu’ils peuvent le refaire et en mieux qui plus est. Pas de piano ici mais une guitare nocturne et douce ainsi qu’un glockenspiel joué par Lee Ranaldo. Le titre est à la fois sombre et rêveur et véhicule une certaine mélancolie teintée d’innocence.

L’album aurait pu se terminer sur cette touche légère mais Peter Nolan et Elisa Ambrogio en ont décidé tout autrement. C’est Circle et ses allures de fin du monde, ses guitares rugissantes et ses bruits électroniques qui clôtureront Boss.

Trois après sa parution j’aime toujours autant cet album. Hormis la qualité des compositions c’est aussi le son qui donne sa force à l’album. Il est sale et chaud, rond et puissant. Il sature l’air. C’est en partie pour cela que les ballades ne sonnent jamais apaisées. Même les silences saturent.

Boss fait figure de parenthèse enchantée dans la discographie de ce groupe (tout le monde n’est pas de cet avis et certains crient à la trahison) que j’ai depuis un peu perdu de vue. L’album qui l’a suivi Balf Quarry restait sur des territoires rock assez proches mais avait peiné à me convaincre. Je m’en vais cependant de ce pas l’écouter à nouveau, Boss m’a ouvert l’appétit.

Retrouvez cette chronique sur SUBSTANCE-M

http://www.youtube.com/watch?v=VrYS9FW73EA

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6 Réponses to “Magik Markers – Boss (Arbitrary Signs, 2007)”

  1. ludo Says:

    ouais retourne faire un tour sur balf quarry, l’album au facteur cheval. il passe bien la rampe du temps lui aussi.
    elisa ambrogio, elle est terrible non ? enfin…vous voyez ce que je veux dire ? (râclement de gorge)

  2. Francky 01 Says:

    Hello Johan. Encore une découverte faite chez toi, ça devient coutumier.

    Donc tu l’as deviné, je ne connaissais pas Magik Markers. Les 2 titres ici me plaisent plutôt bien ! Le coté Sonic Youth, « Daydream Nation » notamment, est exact. Et si Lee Ronaldo a produit et joué sur plusieurs titres de ce disque, je comprends mieux. Mais c’est aussi d’autres disques du combos bruitiste qui résonnent, « Goo » et « Dirty » !!!
    C’est là que l’on voit à quel point Sonic Youth est un groupe indie essentiel, un point de repère fondamental, une pierre angulaire pour l’édifice rock indé 80′-90′ et même 00′ !!!

    A + +

    • johancolin Says:

      Je suis content que tu aimes bien. C’est vraiment un super album. Et oui c’est vrai que sonic Youth est une référence pour quantité de gens et de groupes.

  3. fred Says:

    La première vidéo c’est Faster, Pussycat! Kill! Kill! non ? Il a l’air bien sympa ce groupe, je vais m’y pencher dans les prochains jours.

    As-tu écouté Before Today d’Ariel Pink’s Haunted Graffiti ? C’est un de mes albums préférés de 2010. Gros coup de cœur.

    • johancolin Says:

      Salut Fred !

      Oui quelqu’un a utilisé des extraits de Pussycat! Kill! Kill! Ca colle plutôt bien avec la musique.

      Non pas encore écouté Ariel Pink mais c’est en projet. C’est marrant quand je l’ai découvert y’a 5 ans j’avais eu du mal. D’un côté j’aimais bien les mélodies et le côté complètement barré du truc mais le son me faisait mal à la tête. Impossible d’écouter plusieurs chansons d’affilé. Depuis 1 an je me suis familiarisé avec les musiques genres Ducktails et Sun Araw, la pop hypnagogique, et donc vu que tout cela est grosso modo parti d’Ariel Pink, j’ai un gros travail de rattrapage à faire. Ce que j’ai pu écouter du dernier album j’aime bien. C’est quoi les autres albums que tu as aimé en 2010 ?

      Comment se passe ta formation ? Les autres m’ont dit que ça roulait.

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