Beach Boys – Wild Honey (Capitol, 1967)

Après les arrangements grandioses de Pet Sounds et la folie bancale de Smiley Smile, Wild Honey a dû achever de laisser perplexe un bon nombre de fans des Beach Boys. Je les comprends. On peut légitimement se poser la question de savoir comment peut on passer de Pet Sounds à Wild Honey. L’abus de drogue, la fatigue ainsi que les pressions de la maison de disque sont des débuts de réponses.

Ca ne s’explique pas. Certains morceaux de certains artistes sont bien écrits, bien interprétés, bien produits, efficaces, bien huilés mais ils n’ont pas d’âme. D’autres en revanche sont brouillons, à peine finis, produits avec les pieds mais dégagent un tel sentiment de sincérité qu’on est touché au plus profond de soi même, suspendu à ces quelques notes de musiques. C’est profondément injuste pour les premiers mais c’est comme cela. Les Beach Boys à la fin des années 60 étaient touchés par la grâce. Ils pouvaient enregistrer ce qu’ils voulaient, une ébauche de chanson, une déconnade entre potes, tout leur réussissait.

Pourtant le ton désinvolte de Wild Honey, l’équilibre instable entre dernières lueurs d’euphorie et gueule de bois carabinée, peut surprendre. On aurait cependant tort de sous-estimer cet album même s’il est vrai qu’il est plus facile de succomber à ses charme en le remettant dans le contexte de l’histoire du groupe et de son album mort né Smile. Wild Honey est de fait condamné à rester un album pour les fans, les acharnés et les curieux.

Entre le moment où j’ai découvert Wild Honey et l’autre jour quand je l’ai réécouté, il s’est passé des années, pas mal de trucs découverts, pas mal de lectures, bref plein de choses qui m’ont permis de réévaluer ce disque et de l’apprécier à sa juste valeur.

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec le White Album des Beatles. Bien que ce dernier s’étale sur deux disques et que Wild Honey ne dure que 24 minutes, ils ont en commun les mêmes aspects éclatés, foutraques et bordéliques. Les morceaux n’ont plus, ni la complexité, ni l’envergure des productions précédentes mais se concentrent les plus souvent sur une idée brute comme couchée à la va vite sur la bande. Une simplicité dépouillée telle une pause après des chefs d’oeuvre de production (Pet Sounds / Sergent Pepper). De plus sur A Thing Or Two et Aren’t You Glad, la basse de Brian Wilson n’a jamais autant ressemblé à celle de Paul McCartney.

La plupart des chansons présentes sur ce disque ne tiennent qu’à peu de choses et dans n’importe quelles autres mains que celles des Beach Boys elle se seraient littéralement écroulées. Qui d’autre aurait su emmener Let The Wind Blow ou  le charmant I’d Love Just To See You là où les Beach Boys les emmènent ? De même, imaginez Obla-di Obla-da confiée à un autre groupe que les Beatles… Et que dire de Rocky Racoon, Why Don’t We Do It In The Road… ?

Wild Honey est le dernier album des Beach Boys sur lequel ils sont fun. How She Boogalooed It est le digne descendant de Barbara Ann. Et que dire des 1 min 4 sec a capella de Mama Says. Qui d’autre peut se vanter de sonner si spirituel tout en ayant l’air de s’éclater ? Il est également le seul album sur lequel Les Beach Boys se rêvent musiciens de la Motown. Wild Honey (la chanson) et la reprise du I Was Made to Love Her de Steve Wonder sont tout deux excellents, tout comme Darlin’, morceau orgasmique à la joie et l’enthousiasme communicatifs, que j’écoute en boucle depuis des semaines.

Sur Wild Honey Les Beach Boys n’atteignent certes pas les hauteurs stratosphériques de Pet Sounds. Il ne faut par ailleurs  surtout pas y chercher ce sens du raffinement et du sublime qui illuminait Pet Sounds,  sous peine de passer complètement à côté de l’album. Ils livrent ici en revanche un disque touchant et direct qui, certains jours, me boulverse plus que leur chef d’oeuvre tant révéré.

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5 Réponses to “Beach Boys – Wild Honey (Capitol, 1967)”

  1. Francky 01 Says:

    Tout d’abord, c’est toujours avec un immense plaisir que je lis un nouveau post chez toi. Et comme d’habitude, très pertinent et instructif !

    Je connais très mal « Wild Honey » des Beach Boys. Mais après lecture de ton post, je vais me le remettre afin de le découvrir rééllement !!

    Sinon, as-tu écouté les derniers de :
    Blonde Redhead « Penny Sparkle » (un véritable bjou neurasthénique et atmosphérique)
    « Stridulum II » de Zola Jesus (une totale découverte pour moi)
    et surtout « LE NOISE » de Neil Young ! J’en ai très rapidos parlé sur mon blog !!

    A + et au plaisir de te relire, ici ou chez moi !!!!!

  2. stephane Says:

    déjà la pochette, elle m’a scotché, mais y trouver un sens… l’album m’a touché d’emblée avec toujours cette mélancolie propre à ce groupe. les morceaux sont superbes, des perles pas de daube. et puis ce coté barré qui surnage imperceptiblement, le côté fun , je ne le ressens pas trop, pour être franc, j’entends parfois le velvet en plus de la motown , loaded vient peut-être de cette perle qui n’a pas pris une ride, pets sounds m’apaise, wild honey titille plus ma corde sensible

    • johancolin Says:

      Je n’ai jamais fait le rapprochement avec Loaded. Faut que je réécoute l’album pour voir. Point de vue intéressant en tout cas.

  3. Andrieu Says:

    Wild honey Mon tout premier 33 tours, offert par mon grand-père . J’avais 12 ans, j’en ai 56, et je ne me suis jamais lassé de ce disque !

    • johancolin Says:

      J’aurais bien aimé qu’on m’offre un disque pareil à mes 12 ans ! Cela m’aurait peut être évité toutes ces années d’errance dans la musique F.M. des années 90.

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