Bronze Horse – Bronze Horse (Oakhill Records, 2010)


Je n’achète jamais un album d’un artiste inconnu, sans l’avoir écouté, uniquement sur les conseils d’un site de vente en ligne ; qui plus est si celui-ci a un fort penchant pour la musique expérimentale bruyante et débridée.

La seule exception à la règle, autant que je m’en souvienne, fut cet album que Volcanic Tongue avait vivement recommandé, le comparant au passage à Jack Rose, Ilyas Ahmed et John Fahey. Ma curiosité était définitivement piquée. Le pari était risqué mais disons le d’emblée, l’album est magnifique.

Dans un premier temps je n’ai pas su quoi penser de Bronze Horse. Etait-il un autre bon album de guitare acoustique dans la veine de l’école Takoma, ou était-il autre chose, quelque chose de plus spécial ? A force d’écoutes je me suis rendu compte de sa richesse et de sa singularité.

Etrangement il m’avait dans un premier temps paru bien sombre. Joseph Ghosn alla même jusqu’à le qualifier de sépulcral et cela m’avait paru assez juste. En revanche aujourd’hui j’aurai tendance à réviser mon jugement et à effectuer une forte distinction entre les faces A et B.

La première face possède une douceur rassurante, radieuse. Les mélodies nocturnes et mystérieuses irradient une joie sereine. Elles ont un goût de miel, elles dégagent une chaleur ambrée. Zachary Hay tisse à l’aide de ses guitares, un cocon accueillant et rassurant.

Il en est tout autrement de la deuxième face qui s’ouvre par un morceau entièrement joué au piano. Décharnées et sur un fil du rasoir, les notes sont égrainées lentement. Le morceau baigne dans une pâleur lunaire. Il distille une mélancolie hivernale, une beauté blafarde de morne dimanche passé à regarder tomber la neige.

La suite est aride et c’est ici que je rejoins joseph Ghosn sur l’utilisation de terme sépulcral. Le jeu de Zachary Hay se fait plus tranchant, plus perçant, plus acéré. Les doigts cognent sur la guitare. Au fil des compositions, les silences et les pauses prennent une importance accrue. Les notent résonnent et se perdent dans un vide glacial.

Il n’y a cependant rien d’ascétique ou de contemplatif ici. La musique de Zachary Hay possède une force brute. Pas de pureté raffinée, pas de minimalisme maniéré mais une rugosité, une sécheresse vrillée. Il y a quelque chose de primitif dans l’imperfection du jeu. Zachary Hay joue les mélodies comme s’il les découvrait pour la première fois. Il les ressasse de manière obsessionnelle. Il rejoue deux ou trois notes encore et encore jusqu’à en épuiser toutes les nuances, jusqu’à en capter l’essence, en extirper le sens profond.

Bronze Horse est un album extrêmement riche qui ne se livre qu’au fil des écoutes. Il oscille entre le chaud et le froid. Il enchante et il effraie. Dans les deux cas, il me fascine.

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2 Réponses to “Bronze Horse – Bronze Horse (Oakhill Records, 2010)”

  1. Francky 01 Says:

    Belle article qui me donne envie de découvrir ce disque. Est-il uniquement joué à la guitare ou y a-t-il d’autres instruments, samples ou bruitage ???

    Cela m’amène à deux réflexions :
    -1- Les albums uniquement guitare/voix sont très complexes à réussir. Peux d’artistes y arrivent. Niveau folk. Pour les « anciens » :
    _ Johnny Cash, Bob Dylan, Woody Guthrie, Neil Young bien sûr.
    Mais aussi, plus actuel :
    _ King Of Convenience, Alela Diane, la sublime Chan Marschall alias Cat Power sur certains morceaux, Will Oldham (alias Bonnie Prince Billy), le dernier disque solo de Wendell Davis « 1 St » (en réalité David Freel de Swell).
    _ Également, il y a l’école du « finger-picking » mais beaucoup plus virtuose, de John Fahey et sa descendance. Mais là, je connais beaucoup moins.
    _ Et tous ces immenses bluesman qui, rien qu’avec leur 6 cordes et leurs voix, créent tout un univers.

    -2- Avec ton texte sur ce disque, on voit bien l’avantage du vinyl sur le cd ou MP3 : les faces. Les créateurs peuvent ainsi diviser leurs créations en des faces différentes que l’auditeur pourra suivre. Sur les cd et MP3, rien de tout cela.

    Bronze Horse, une découverte qu’il me reste à faire. Merci….

    A + +

    • johancolin Says:

      Salut,
      Zachary Hay est seul à la guitare. L’album est purement instrumental il n’y a pas de paroles. Si tu n’as pas l’habitude des albums de guitare acoustique Finger-picking, celui-là est peut être un peu austère pour commencer. J’ai découvert le « style » avec John Fahey (Dance of Death & Other Plantation Favorites) et Six Organs of Admittance (School of the Flowers) . Ces Deux albums sont sensationnels. Six Organs of Admittance est, avec Fursaxa, l’un de mes immenses coups de coeur des années 2000.
      Si tu as quand même envie de te lancer dans Bronze Horse, il faut faire vite. L’album n’est sorti qu’à 305 exemplaires. La pochette est en plus superbe et assez luxueuse.

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