Sun Araw – Beach Head (Not Not Fun, 2008)

Je n’ai pas été acquis à la cause Sun Araw (aka Cameron Stallones) tout de suite. Je ne savais pas très bien quoi en penser. Un truc de snob ? Quelque chose de vraiment excitant avec une vraie vision personnelle ? Un pas de côté pour mieux regarder dans le rétroviseur de manière nouvelle ? Un pas de côté pour faire du branchouille décalé ironique ? C’est quoi ce son bizarre ? Ca cache quoi ? Un manque d’idée ? Qui essaie-t-on d’enfumer ? C’est quoi cette casquette et ces moustaches ?

Parfois il faut du temps pour faire le tri entre le hype novateur qui suscite l’intérêt à juste titre et le hype fumeux, poudre aux yeux, dont au final on se lasse assez vite. Je n’aime pas me faire avoir, je suis sur mes gardes, je reste vigilant.

En ce qui concerne Sun Araw, j’ai mis du temps mais j’ai choisi mon camp. J’aime. Cet album dégage un psychédélisme moite. Il aurait pu, d’une certaine manière, être la B.O. alternative d’Apocalypse Now si le film avait encore plus baigné dans le LSD. La musique à quelque chose de suffocant, elle évoque la jungle, dense, humide, noire, propice aux hallucinations. La seule exception notoire est Horse Steppin’, l’enthousiasmant deuxième morceau de la première face. Il fait ici figure de single, de titre pop à haute teneur en THC. C’est la plage ensoleillée en bordure de la forêt tropicale. Horse Steppin’ plonge l’auditeur dans une léthargie totale, impossible de lever le petit. Le moindre effort est surhumain, on ne peut que rester là, allongé sans rien faire, accablé par un soleil de plomb. Le rythme comateux et obsédant suggère aussi bien la chaleur écrasante que les abus de drogues douces. On se laisse bercer et emporter par le flot hypnotique que seuls transpercent quelques accords d’orgues électriques et des parties de guitares acidulées.

La face B est un long voyage psychédélique, langoureux et sensuel, mais toujours inquiétant. La musique de Sun Araw, on ne l’écoute pas, on s’y prélasse. Elle vous enveloppe comme un voile chaud. Il faut se laisser aller, perdre le contrôle et elle vous emportera vers des contrées plantées de palmiers et peuplées d’hommes et de femmes aux faciès étranges, ornés d’or et de couleurs vives. La peur ne sera pas totalement absente du voyage. Les paysages seront parfois surréalistes et les coutumes terrifiantes. La brume recouvrira le soleil et une pénombre étouffante enveloppera toutes choses mais vous arriverez toujours à bon port, sain et sauf, le sourire aux lèvres, un peu engourdi mais ravi, prêt à regarder subjugué, l’explosion finale au napalm.

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4 Réponses to “Sun Araw – Beach Head (Not Not Fun, 2008)”

  1. Francky 01 Says:

    Je comprends ta méfiance envers Sun Araw car moi, c’était pareil avec Ducktails, High Wolf, etc..bref, pas mal de prod’ Not Not Fun, même encore un petit peu maintenant (et j’ai fait du chemin). D’un coté je suis bluffé par toute cette originalité, cette créativité et cette audace. Mais d’un autre, je me demande si ce n’est pas qu’illusion, que concept intellectuel ?? Je ne sais pas…..je n’arrive pas à saisir peut être !!

    Pareil avec un groupe sur-médiatisé dans la blogosphère, Animal Collective: Total délire barré ou véritable nouveauté archi-créative et virtuose ???
    Je dois reconnaitre que, pendant très longtemps, je ne comprenais pas. C’est « Feels » qui m’a permis de commencer à fouler, avec un peu plus d’assurance, ces terres bizarroïdes inconnues !!! Mais même maintenant, je ne peu réellement trancher.

    C’est le même débat avec l’art contemporain. Je suis allé à Lyon à la rétrospective BEN (que j’aime beaucoup). Mais après l’expos, on a longuement débattu avec des amis : Art conceptuel, osé, provocateur et novateur ou foutage de gueule intello ???? Vaste question ?????

    A +

    • johancolin Says:

      Ouais pas toujours facile de se faire une idée sur certains groupes. La première fois que j’ai entendu Animal Collective j’ai été perplexe. Je ne savais pas si je devais rire ou succomber à leur charme. Cela a duré des années. C’est en écoutant Bro’s de Panda Bear que le déclic est venu pour de bon. J’ai remarqué que cela m’arrive souvent quand il s’agit de musiques sans virtuosité, ni complexité technique, ni rythmes imparables, ni mélodies accrocheuses mais avec des intentions pop et non ouvertement expérimentales. L’artiste ne peut se cacher derrière rien. Il ne peut se raccrocher à rien. Il est nu. Par exemple pas de solos de guitares délirants grâce auxquels les fans peuvent rétorquer à chaque critique : »essaie d’en faire autant ». Alors certains pour se protéger adoptent des postures et ils peuvent facilement passer pour des branleurs hype si on ne fait pas plus attention que cela. Le meilleur exemple pour moi est Animal Collective et Sung Tongs. C’est de la naïveté à l’état brut. Cela en est presque gênant. C’est tellement vrai et honnête que ça sonne presque amateur. La première fois que j’ai écouté cet album j’étais mal à l’aise, javais honte pour eux. Aujourd’hui Sung Tongs est l’un de mes albums préférés, l’un de ceux qui me touchent le plus. Un album vraiment à part.

  2. Francky 01 Says:

    Hello Johan et mille merci pour le lien vers les débuts de Neil Young. Je t’ai déjà répondu sur mon blog mais je tenais à te remercier ici !

    Ton analyse de ces musiques « complexes » est très juste et pertinente, je la partage entièrement.
    « ..musiques sans virtuosité, ni complexité technique, ni rythmes imparables, ni mélodies accrocheuses mais avec des intentions pop et non ouvertement expérimentales… »

    C’est comme si l’on avait plus de repères, que cette musique était « hors-norme » ! Pour aimer ces œuvres là, il faut déjà impérativement :
    – Entrer dans l’univers de ces groupes/artistes.
    – Aimer l’expérimentation, les recherches sonores
    – Ne pas avoir peur de plonger dans l’inconnu l

    Comme dans un film de David Lynch (que j’adore), c’est plus une expérience sensorielle et visuelle. Donc, très difficile de se faire une idée et la critique en devient d’autant plus ardue.
    D’ailleurs, c’est pour cela que je faisais le parallèle avec l’art contemporain. Parmi les nombreuses expos vues, j’en ai autant adoré que détesté. Mais provoquer une réactions, susciter des émotions et se situer au delà du concept de « beau et de laid » : N’est-ce pas cela le but de ces artistes???
    C’est comme avec la musique de Autechre. J’éprouve beaucoup de difficultés à écrire des choses pertinentes dessus. Une énigme !

    A + + +

    • johancolin Says:

      Pour apprécier ces musiques hors normes, comme tu le dis, il est impératif d’accepter de se perdre un peu, d’y passer du temps, quitte à se planter. C’est pour cela que les blogs et les webzines sont importants. Ils posent des balises. Par exemple si Joseph Ghosn, dont la plupart du temps je partage les goûts, me donne envie d’écouter un album avec un de ses billets, et que ce-dit album je ne le trouve pas terrible, je lui donnerai une seconde puis une troisième chance (ce que je ne ferais pas pour un blogueur lambda ; faute de temps). Il faut accepter de se laisser guider. Encore faut-il avoir confiance dans son guide.
      Certains de mes albums favoris je les ai haïs (plus que détestés). J’ai mis 5 ans avant de pouvoir écouter Loveless et 3 ans à aimer On The Corner.

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