R.L. Burnside – A Ass pocket of Whiskey (Fat Possum, 1996)

J’ai découvert cet album, collaboration entre le vétéran R. L. Burnside et les très agités John Spencer Blues Explosion, par le plus grand des hasards, grâce à Goin’ Down South sur une compilation offerte avec le magazine Rocksound. Le rythme lourd et obsédant ainsi que le son plus gras et crade que toute la boue du Mississippi, m’avaient instantanément séduit. Je précise qu’à l’époque Seattle était ma terre sainte, qu’aucune musique sans guitare ne valait la peine d’être écoutée et qu’une guitare non saturée n’avait aucune raison valable d’exister.

J’étais un peu à la masse [à l’époque] et ma perception de l’univers musical était quelque peu distordue et comique avec le recul. Je m’étais étonné que quelqu’un fasse un album de blues en 1996. Le genre était mort des décennies auparavant non ? J’étais pourtant sûr qu’il s’était éteint dans les champs de coton avec les derniers esclaves noirs… Bref, j’avais trouvé l’acte très courageux et louable puisque plus personne ne se souciait du blues et qu’ils n’arriveraient jamais à vendre ce disque. Qui pouvait bien acheter un tel album en plein milieu des années 90 ?

Moi pardi ! Défenseur de la veuve et de l’orphelin, oubliés et piétinés à mort par la méchante industrie du disque qui ne pense qu’à faire du fric en sortant des trucs commerciaux vilains pas beaux et qui voudrait empêcher les vrais artistes de vivre et de faire de la musique [je vous avais dit que j’étais à la masse].

J’avais acheté l’album dans la foulée en espérant très fort qu’il serait du même acabit que Goin’ Down South. Je n’ai pas été déçu. A Ass Pocket of Whiskey regorge de riffs tueurs. Le son est chaud, sale et puissant, gorgé de testostérone, parfait pour mes hormones en ébullition d’adolescent de 15 ans.

Les morceaux sont envoyés pied au planché. Boogie Chillen (méconnaissable) de John Lee Hooker et Poor Boy (étrangement crédité Burnside / Explosion) de Howlin’ Wolf sont excellents. Shake Drive, quasi punk, sent l’urine et la bière. Shake ‘em On Down et The Criminal Inside Me sont hypnotiques.

Seules deux chansons m’avaient à l’époque parues plus difficiles d’accès : Walking Blues, blues stellaire passé à la moulinette no wave et Have You Ever Been Lonely, tonitruant blues bruitiste traversé de déflagrations sauvages et électriques. Ce n’est pas que je ne les aimais pas. C’était juste que je ne savais pas trop quoi en faire. Elles ne coulaient pas de source, elles n’avaient pas l’évidence des autres morceaux. Elles m’intriguaient cependant et je trouvais qu’elles apportaient à l’album un côté expérimental et malsain, voire même dangereux qui lui donnait une épaisseur supplémentaire. Maintenant je les aime autant que les autres.

Je réécoute aujourd’hui cet album avec bonheur et je me dis qu’il n’a pas pris une ride.

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3 Réponses to “R.L. Burnside – A Ass pocket of Whiskey (Fat Possum, 1996)”

  1. Fred Says:

    Réécouté il y a quelques semaines. Un vrai bonheur que d’entendre ce bonhomme de 70 ans se lâcher autant sur cet album déjanté aux riffs implacables.

  2. Francky 01 Says:

    J’ai emprunté (et enregistré) à la médiathèque de ma ville son « Acoustic Storie » de 1997. Un régal !
    Juste R.L.Burnside à la guitare/voix et John Nuremberg à l’harmonica. Total session acoustique avec passage où Burnside parle entre et pendant les prises. Total blues roots !!!!

    A + +

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