Chora – Ruined Parabola (Chironex, 2010)

Ce que je connaissais de Chora jusqu’à présent était bruitiste, pour le meilleur comme pour le pire. J’ai donc été assez surpris lorsque j’ai posé le diamant de ma platine sur le sillon de leur album publié par Chironex.

Ruined Parabola n’est pas plus apaisé que ce que j’avais entendu auparavant mais d’une certaine manière plus clair et moins confus. Plus subtil et étoffé également. C’est un déluge de percussions qui accueille l’auditeur avec Pines Outracing Death qui occupe toute la face A. On se trouve d’emblée immergé au cœur d’un univers profondément mystérieux qui évoque rituels vaudous et autres cérémonies chamaniques. Le morceau évolue ensuite en une dérive sombre faite de plaintes et de gémissements d’instruments à vent et des crissements de cordes frottées. La musique  se fait peu à peu moins oppressante et se transforme en drones nocturnes et vastes derrières lesquels émergent des cris et des lamentations lointaines. Le final est crépusculaire et baigné de la même lumière lunaire qui irradiait déjà les moments les plus abstraits des plus beaux morceaux de Sonic Youth.

Sur l’envers du vinyle c’est Visitation qui ouvre le bal. Furieux et bruitiste, le morceau est tout en drones stridents, percussions cinglantes et chants aux sonorités bouddhistes. Tout ici nous entraîne une nouvelle fois sur le terrain effrayant des cérémonies rituelles. Arboreal Slum, entièrement composé de drones dissonants, enfonce le trou. On plonge ici dans les Abîmes noirs de l’inconscient. Je pense ici tout particulièrement à l’exposition de Wifredo Lam que j’ai vu ce week-end au Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Moins sombre et plus lumineux que les morceaux précédents, Zimmermann est également le plus extatique et spirituel du lot. L’ouverture est soniquement proche du Black Angel’s Death du Velvet Underground, le chant en moins. Par la suite il s’étoffe et se pare des sonorités indiennes et orientales. On n’est pas très loin de l’intensité des morceaux les plus fougueux du Vibracathedral Orchestra mais avec des accents plus free jazz du fait de la présence des cuivres. Chora réussi ici un incroyable tour de force et accouche d’un morceau à la beauté sauvage et cinglante.

Ruined Parabola est album splendide qui ne fait que conforter mon enthousiasme pour les musiques acoustiques improvisées actuelles. Tous ceux qui voient dans la musique d’Albert Ayler ou Ascenscion de John Coltrane une forme de beauté devraient écouter ce disque de toute urgence.

Des titres sont en écoute sur le site MySpace du groupe.

Wifredo Lam, The Murmur, 1943, Huile sur papier monté sur toile.
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