Alan Silva and the Celestrial Communication Orchestra – Seasons ( Actuel BYG, 1970)

Un mastodonte, un colosse, un leviathan… 19 musiciens, plus de 2h20 de musique, 1 morceau : SEASONS.

Je vais être honnête, je n’écoute ce disque que très rarement et jamais en entier. J’ai la version 2CD et s’envoyer plus de 70 minutes de free jazz intense est déjà une épreuve, alors mettre le 2ème CD sur la platine et appuyer une nouvelle fois sur lecture pour 70 autres minutes de free jazz encore plus intense relève de l’exploit voire du masochisme. Certains plaisirs font souffrir.

Je ne connais que très peu d’enregistrements de free jazz réalisés par de larges orchestres. Un seul en réalité : Afrodisiaca dont j’ai parlé précédemment. Au bout de 3 ans je n’ai pas encore totalement digéré  ‘Seasons’, je n’ai donc pas trop persévéré dans la voix du free jazz orchestral, mais si vous avez des recommandations en la matière je suis preneur.

Seasons a été enregistré lors d’un concert donné au Studio 104 de la Maison de la Radio le 29 décembre 1970.  L’expérience a dû être rude pour l’assistance qui a du encaisser  le concert sans interruption. Y a t’il eu une cellule de soutien psychologique après la représentation ? Qui sait ? En tout cas on ne doit pas ressortir complètement  indemne d’une prestation comme celle-là.

Plaisanterie mise à part ce qui frappe avant même l’écoute de l’album c’est le casting. La fine fleur du free jazz européen et américain :
Alan Silva (contrebasse, violon électrique, sarangi, arc, ressort),
Bernard Vitet (trompette, cor anglais),
Lester Bowie (trompette),
Alan Shorter (trompette),
Joseph Jarman (saxophones, flûte),
Steve Lacy (saxophone soprano),
Ronnie Beer (saxophones ténor et soprano, flûte),
Roscoe Mitchell (saxophones, flûte, haut-bois),
Robin Kenyatta (saxophone alto, flûte),
Michel Portal (saxophone alto, clarinette),
Dieter Gewissler (violon électrique),
Jouk Minor (violon électrique),
Kent Carter (violoncelle),
Irene Aebi (violoncelle, celeste),
Dave Burrell (piano),
Joachim Khun (piano),
Don Moye (batterie, percussions),
Jerome Cooper (batterie, percussions),
Oliver Johnson (timpani, percussions)

Venons en à la musique. D’emblée l’auditeur est plongé dans un tourbillon dense et passionné formé par le piano de Dave Burrell et la basse d’Alan Silva. Burrell fait des merveilles et parcourt le clavier en d’incessantes montagnes russes tantôt dissonantes, tantôt mélodiques tandis qu’Alan Silva fait crisser ses cordes de manière lugubre.

La suite est pensante et angoissante, lourde de menace. Flûte, trompette, céleste et percussions s’unissent de manière de plus en plus dense jusqu’à former une chape étouffante et oppressante. D’autres instruments se superposent encore et la masse sonore de plus en plus compacte bouillonne et convulse tandis que des solos stridents et intenses la déchirent violemment. Le magma sonore de l’orchestre au grand complet continue son irrésistible ascension jusqu’à la frénésie. Tout se calme soudainement. S’ensuit un dialogue à la violence sourde et magnétique entre les solistes et l’orchestre qui évolue progressivement vers des sphères plus proches de la musique contemporaine que du free jazz [fin du CD1].

L’orchestre au grand complet s’agite à nouveau de violents soubresauts portés par de puissantes percussions évoquant un péplum puis l’espace de quelques secondes du black métal norvégien. Un solo de saxophone ramène la musique du côté du jazz et à l’apparition des instruments à cordes, la tension monte d’un cran. L’ascension est vertigineuse et explose en une cacophonie générale. Rarement une musique aura été aussi dense et violente (Peter Brötzmann est hors compétition, la scène noise japonaise aussi). La fine fleur du free jazz des deux côté de l’Atlantique se déchaîne et semble n’avoir pour unique intention que de vous lacérer les tympans. Nouvelle coupure. Parenthèse enchanté à la beauté magnétique et tragique.

L’éclipse est de courte durée car l’orchestre au grand complet se lance dans un final démentiel dominé par les sons étranges des instruments électroacoustiques joués par Alan Silva. C’est une décharge de violence brute, une boucherie, un véritable cataclysme nucléaire. L’expérience est tétanisante.

Vous l’aurez compris ‘Seasons’ est une oeuvre jusqu’auboutiste, d’une densité et d’une violence parfois difficilement supportable. Il faut du temps pour assimiler la totalité du disque. Une écoute en dilettante ne lui fera pas justice. Toute votre attention sera nécessaire pour déchiffrer le magma sonore qui compose cette symphonie pantagruélique.

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8 Réponses to “Alan Silva and the Celestrial Communication Orchestra – Seasons ( Actuel BYG, 1970)”

  1. khyro Says:

    Disque garagantuesque…difficile à digérer mais somme toute complètement fou.

    Le free jazz orchestral n’est jamais bien facile…
    Quelques recommandations (mais pas tous des orchestres aussi impressionnant que celui-ci):

    Keith Tippett Group (12 musiciens) : Dedicated to you but you weren’t listening.

    Clifford Thornton New Art ensemble (9 musiciens) : Freedom & Unity

    Alan Silva & The Sound Visions Orchestra (23 musiciens) : s/t
    Celui-là est sur le label Eremite, un peu une tentative de reproduire le Celestrial Orchestra mais avec des musiciens actuels.

  2. Fred Says:

    A mon avis ce fut un concert éprouvant pour les spectateurs présents ce jour là, mais particulièrement jouissif car vécu en live, dans l’instant, dans l’émotion. Sur CD c’est tout de même beaucoup plus pénible dans la durée car le ressenti n’est absolument pas le même.

    Je me rappelle encore du concert du Sun ra orchestra il y a 2 ans sur Paris, c’est le genre d’expérience qu’on ne peut ressentir pleinement qu’en live, et qui, à mon avis, ne peut être que dénaturé en CD.

    Concert très intéressant tout de même. Merci.

    • johancolin Says:

      Oui je pense que tu as raison. C’est sûr le degré d’émotion ne peut pas être le même en live que sur CD, ne serait-ce que pour la puissance sonore que doit dégager un tel orchestre. J’espère pouvoir assister à un concert de ce calibre un jour.

  3. Calagan Says:

    Pour moi ce disque est le plus prodigieux enregistrement existant de free en grande formation. Si il est difficile de l’écouter en entier, c’est surtout parce qu’on a rarement 2h20 à consacrer chez soi à la seule écoute musicale (40mn, c’est déjà bien).
    Cela dit, à chaque écoute, je trippe grave… Je trouve tout excellent dans ce disque !

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