Jana Winderen – Heated (Touch, 2009)

Heated_Winderen

Je viens de franchir une nouvelle étape dans le développement de mes goûts musicaux. Ces deux dernières années j’ai eu tendance à me détourner de la pop et du rock pour farfouiller du côté des musiques plus étranges et expérimentales. A noter que j’utilise le terme expérimental plus comme un lieu commun, une référence à une catégorie communément admise comme non pop, bien que cela ne veuille absolument rien dire quand on y regarde de plus près. Car bien évidemment les Beatles étaient l’un des meilleurs groupes de musique expérimentale au monde.

Les premiers symptômes de mon intérêt pour les musiques expérimentales remontent cependant à bien des années en arrière lorsque je découvrais avec émerveillement les déluges des larsens du final de The Diamond Sea de Sonic Youth, les rythmes déstructurés d’Aphex Twin et d’Autechre ou le free jazz via John Coltrane. Mon penchant pour les musiques étranges n’a fait que se radicaliser depuis ces années de jeunesse.

Récemment, je me suis passionné pour le free folk, les drones et les paysages électroniques et sonores de Fennesz et Tim Hecker. C’est avant tout l’aspect abstrait de la musique de ces derniers qui me fascine. Il n’y a bien souvent ni rythmes évidents, ni mélodies clairement identifiables. Rien qui se rapproche des codes de la musique occidentale, à tel point que beaucoup de personnes se demanderont ce que l’on peut bien trouver de musical là dedans. Pas de notes, c’est à dire de sons culturellement définis comme justes, mais des bruits et des sons plus ou moins agréables à l’oreille. Cet aspect « acculturel » et abstrait se rapproche dans un certain sens du chaos et par là-même me renvoie à quelque chose de profondément sauvage, voire naturel, vers un monde vierge dénué de références « anthropocentristes » [oui, je sais, il y a beaucoup de guillemets dans cette phrase mais c’est parce que je ne suis pas très habitué à utiliser tous ces mots compliqués et que je ne veux pas faire semblant de maîtriser tout ce que je raconte. Ces chroniques sont pour moi l’occasion de mettre de l’ordre dans mes idées et donc sont une sorte de « work in progress ». J’utilise maladroitement ces mots un peu pompeux parce qu’à un moment il faut bien en choisir certains pour décrire au mieux sa pensée. Quand on veut aller au-delà du c’est bien, c’est pas bien, j’aime, j’aime pas, il devient nécessaire de manipuler des termes plus complexes, quitte à passer pour un intello à deux francs]. Pour qui sait écouter, les sons de la nature se révèlent être bien plus insolites et étranges que l’on ne veut bien le croire. Assez paradoxalement, ils ne sont pas si éloignés de certains sons abstraits utilisés dans la musiques électronique. Pour cela un exercice intellectuel est cependant nécessaire. Essayez d’écouter le son de la mer, non pas comme le son provenant de la mer, mais pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il évoque ou ce à quoi il renvoie. Vous allez voir c’est surprenant. Une écoute attentive permet de se rendre compte qu’il est étrangement proche des bruits blancs et abrasifs générés par de nombreux musiciens électroniques (techniquement, le bruit de la mer est un bruit blanc). De même je n’oublierai jamais l’oiseau qui à Ste Anne la Palus chantait du Autechre à tue tête.

C’est donc en toute logique que le label Touch, grand pourvoyeur de musiques électroniques abstraites publie également à l’occasion des fields recordings, c’est-à-dire des prises de sons captés in situ sur le terrain et hors d’un studio. Ma première rencontre avec ce type d’enregistrements fut le 45T de Chris Watson pour la série Touch 7. Puis en fouillant sur le site du label, je suis tombé sur la Touch Radio qui propose d’écouter en ligne des œuvres sonores plus expérimentales et moins musicales que les productions habituelles du label. Un certain nombre des morceaux proposés sont du domaine des fields recordings et parmi ces derniers quelques uns ont été pour moi de véritables révélations (Donadea Forest, Elk Song, Dramazon). Toutefois, celui qui m’a le plus marqué fut Utvaer de Jana Winderen. Il s’agit d’un enregistrement effectué au phare de Utvaer situé près de la ville d’ Hardbakkeen en Norvège. On peut y entendre le bruit du vent et des vagues s’écraser sur les rochers. La prise de son est précise, le bruit des éléments nous est donné à entendre de manière détaillée et l’on en perçoit les moindres nuances. On se sent comme enveloppé dans un brouillard épais et blanc, transporté là où tout n’est plus que vent et embruns. L’expérience est saisissante. Il y a déjà quelques mois de cela Jana Winderen a sorti sur support physique deux autres enregistrements. Un 45T Surface Runoff, sur Autofact et Heated live in Japan en CD sur Touch. Malheureusement je n’ai plus le 45T sous la main car il est rangé avec mes 45T de la série Touch Seven en attente de jours moins mouvementés. J’en parlerai plus tard quand j’aurais eu plus le loisir de l’écouter. Passons donc à Heated. Je ne sais pas si tous les sons utilisés pour ce live sont d’origine naturelle ou si certains ont été enregistrés dans des bâtiments tant les vrombissements qui ouvrent l’album évoquent une usine ou une centrale électrique. Ils ont en revanche tous été enregistrés en Islande, Groenland et Norvège. Je serais francs, je n’apprécie pas Heated autant que Utvaer. Le résultat me parait moins dense et plus confus. Rien ne ressort et je ne peux ni distinguer de progression, ni identifier de moments remarquables. Le tout me semble trop brouillon, trop homogène. La musique me paraît fermée et confinée. Les sons peinent à respirer et semblent engoncés, à l’étroit dans la prestation de Jana Winderen. Ils se mélangent mais ne dialoguent pas les uns avec les autres. Ils se superposent mais se neutralisent. Seuls les enregistrements déjà entendus sur Utvaer et réutilisés ici arrivent à donner une cohérence et à instaurer une hiérarchie à l’ensemble et ainsi créer le meilleur passage de l’album. Heated est plus intéressant que plaisant à écouter. Il lui manque une dimension émotionnelle ainsi qu’une structure claire qui illuminerait et magnifierait les sons. Ce live laisse cependant entrevoir de nouvelles perspectives que j’ai hâte d’explorer.

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2 Réponses to “Jana Winderen – Heated (Touch, 2009)”

  1. sim Says:

    Si je peux me permettre, le côté renfermé provient peut-être du fait que l’unique source sonore provient d’hydrophones placés à 100 mètres sous l’eau…

    • johancolin Says:

      Je ne sais pas si comme vous le dites l’unique source provient d’hydrophones placés à 100m sous l’eau, d’autant qu’on y entend des bruits de vent. J’ai essayé de trouver plus d’informations sur les sons utilisés mais je n’ai pas trouvé grand chose.
      Pour clarifier le terme ‘fermée’, il était utilisé dans le sens de quelque chose de compacte et terne. J’ai eu le sentiment que les sons peinaient à se déployer. Je pense qu’il est possible de sonner claustrophobique mais vaste, cf. Kevin Drumm sur ‘Imperial Distortion

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