Electrique Bob Dylan

La France garde de Bob Dylan l’image d’un chanteur folk. Un petit gars qui chante avec une guitare acoustique et un harmonica. Mr Tambourin Man, Blowing in the wind… Je connais la musique de Bob Dylan depuis longtemps, mais dans un premier temps j’en étais  resté là. J’avais vaguement entendu parler de sa période électrique mais je n’avais pas réalisé ce que cela représentait. J’avais tellement l’image du chanteur folk encrée dans mon esprit que je n’avais même pas réalisé que Like a Rolling Stone ou Subterranean Homesick Blues était électriques.
Puis je suis tombé sur la compilation No Direction Home: The Soundtrack (The Bootleg Series Vol. 7). Le CHOC. La version de Maggie’s Farm à Newport en 1965 et la version alternative de It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry (respectivement les vidéo 1 et 3) ont été des révélations.
Dylan a la rage, il fait plus de bruit que n’importe qui d’autre à l’époque. Il porte des costumes cintrés, des lunettes noires, il est gavé d’amphétamines. C’est brut, sal et bordélique. En 1965 à 24 ans il sort coup sur coup Bringing It All Back Home et Highway 61 revisited. A titre de comparaison les Beatles en sont encore à Help! et le Satisfaction des Rolling stone peut paraître sage en comparaison du renversant Tombstone Blues. Sa musique exhale la hargne et l’urgence. Dylan incarne le rock bruyant, déjanté et lettré. Seul le Velvet Underground peut tenir la comparaison, mais pour cela il faut encore attendre un an. Entre 1965 et 1966, Dylan était sur le toit du monde, intouchable.
Je n’ai pas de héros et ne voue aucun culte à personne. J’aime la musique avant toute chose, plus que les chanteurs ou musiciens qui la produisent mais  l’image de Dylan et ses lunettes de soleil me fascine.

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Après avoir pleinement pris conscience de la métamorphose de Bob Dylan, du passage de l’acoustique à l’électrique, j’ai réécouté The Bootleg Series, Vol. 4: The  »Royal Albert Hall » Concert. Claque gigantesque une nouvelle fois. La portée du mythe s’offrait enfin à moi. Quand je l’avais écouté pour la premier fois il y a de cela quelques années, je l’avais trouvé bien. J’ai honte, ‘bien’ sonne comme un doux euphémisme. J’étais jeune, je ne savais pas. Le Royal Albert Hall concert (qui a en fait été enregistré à Manchester) encapsule la transformation de Bob Dylan en rocker. Il se compose de deux CD. Sur le premier, Bob Dylan est seul à la guitare et à l’harmonica, sur le second, il est entouré de son groupe the Hawks (futur The Band). Cette performance est légendaire car elle cristallise la réaction du public envers la transformation de la musique de Bob Dylan. Déjà, les esprits les plus obtus avait crié à la trahison lorsque Dylan avait sorti Another Side of Bob Dylan et délaissait le folk contestataire pour un folk plus personnel et poétique. Le passage de l’acoustique à l’électrique est un choc encore plus violent. Pour les premiers fans de Dylan le rock  était une musique pour les adolescent(e)s, un divertissement sans intérêt. A titre de comparaison imaginez Radiohead dansant la tecktonic. La vision de Dylan se vautrant dans le bruit et la furie du rock et écrivant des paroles complètement surréalistes sans queue ni tête leur était insoutenable.

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Sur ce live Dylan et The Hawks sont en parfaite cohésion et jouent chaque morceau de manière formidable. La performance est intense, mais pour un fan en particulier c’en est trop. Après que le groupe ait fini de jouer Ballad of a thin man et qu’il se ré-accorde, on peut l’entendre distinctement crier ‘Judas’. Dylan lui répond ‘I don’t believe you’. You’re a liar’, il se retourne vers son groupe et ordonne ‘Play Fucking loud ‘. La cymbale tombe comme un couperet et le groupe se lance dans une version d’anthologie de Like a Rolling Stone, apothéose de ce live magistral. La légende est en marche. Je frisonne rien qu’en y re-pensant. Oui, ce disque est génial mais sa grandeur ne se révèle que dans le contexte. Depuis lors, je n’écoute plus Bob Dylan de la même façon.

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2 Réponses to “Electrique Bob Dylan”

  1. Francky 01 Says:

    très, très juste et pertinente analyse du Dylan électrique. On dit que les Beatles, de tournée en Amérique, le rencontre. Résultat : Dylan les initie à la marijuana et eux, à la fée électricité. Il déclenchera la fureur et les foudres des Ayatollah folk ! Miles Davis subira un sort identique quand il passera à l’électricité avec jusqu’à 3 claviers et pas des moindres (Herbie Hancock, Keith Jarrett et Chick Corea) ! La trompette est aussi amplifiée et électrique et, comble de tout, il intègre l’instrument « rock » par excellence, la guitare (John McLaughlin). Les puristes du jazz hurle à la mort. Mais est-ce encore du jazz ??? Telle était la grande question !!

    Perso, c’est ma période préférée de Miles avec de grands disques : « Bitches Brew » et « In A Silent Way » en 1969, « Live/Evil » (71), « On The Corner » (72) et ce grand double disque énigmatique et organique « Get Up with It  » en 1974…

    Miles, Bob Dylan : 2 styles, 2 génies, 2 visionnaires…

    A + + +

    • johancolin Says:

      Oui c’est vrai que l’on peut tracer un parallèle entre les deux musiciens. Peu d’artistes ont aussi bien réussi à se réinventer. Ce sont également deux symboles de personnes qui n’ont suivi que leur vision sans jamais se soucier de ce que pouvait en penser leur public.

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