Belong – October Language/Colorloss Record/Sames Places (slow version)

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October Language, carpark records (2006). Je peux écouter Endless Summer de Christian Fennesz en boucle. Rien ne me plait plus que ses sons ouatés et brumeux, la douceur et l’étrangeté radieuse de ses bruits lumineux. Je plonge dans October languages avec le même bonheur. Le premier album de Belong, duo originaire de la Nouvelle Orléans et formé de Turk Dietrich et Michael Jones, est une pure merveille. Il m’emporte ailleur, je m’y vautre, je m’y prélasse. J’y suis bien. Tout comme pour Endless Summer, l’analogie avec la lumière et la brume est inévitable. Il y a cependant quelque chose de différent ici. Le son est moins clair, moins ciselé, plus dense. La musique parait moins électronique ou informatique. Elle est plus fantomatique, plus évanescente. Les fragiles mélodies se dissolvent dans l’espace et le temps s’étire à l’infini. La musique se désintègre et laisse place à une immensité paisible. Elle correspond à l’image que je me fais de Venise, où la décrépitude et la grandeur déchue cohabite avec l’éternité. Calme, luxe et volupté. Je m’imagine les miroitements des eaux croupies des canaux, sur les couleurs délavées des façades hors du temps, le tout baigné par la lumière douce d’un couché de soleil. (peinture de Joseph Mallord William Turner, 1775-1851)

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Colorloss Record, St Ives (2008). J’ai découvert le groupe grâce à la revue élogieuse de leur deuxième album ( qui est en fait un EP) faite par Pitchfork . Sorti sur le label  St Ives  il a été édité à 300 exemplaires en vinyle uniquement. Chaque pochette est unique, réalisée à la main à l’aquarelle suivant la déclinaison d’un motif commun. Le EP se compose de 4 reprises de morceaux de pop psychédélique des années 60. Late Night de Syd Barrett revu et corrigé par les Cleaners from Venus, Beeside de Tintern Abbey, Girl from New York de Billy Nicholls et enfin My Clown de July. Les reprises s’apparentent plus à des remix, car les morceaux sont les originaux, musique et voix comprises, enterrés sous des denses couches de bruits blancs distordus et de drones. Les versions originales sont reconnaissables mais semblent venir de l’au-delà. Belong ne les déstructure pas mais les ensevelit et les étire puis s’amuse à les laisser transparaître plus ou moins au fils du morceau. La mélodie de Late night est très profondément enfouie mais néanmoins refait surface par moments tandis que la voix semble survoler l’ensemble. Beeside est le morceau le plus altéré. La musique et la voix sont condensées à l’extrême puis déployées suivant différentes densités sur toute la durée du morceau. The Girl from New York fait irrésistiblement penser à une reprise de Billy Nicholls par My bloody Valentine émanant d’un souterrain oublié. My clown se développe et se désagrège pour ne former qu’un magma sonore d’où n’émerge que le refrain, le reste des paroles étant enfouies trop profondément pour être distinguées de l’ensemble. Le résultat est surprenant et très réussit. Une grande attention est portée à la construction de chaque morceau et Belong ne tombe jamais dans le piège de l’exercice de style.

Same Places (Slow Version), Table of the elements (2008). Leur dernière réalisation en date fait partie des Guitar Series 3 et 4 sorties sur le label Table of the Elements. Ces série sont composées de 12 vinyles colorés ou transparents. Une des faces contient de la musique, l’autre une gravure réalisée par Savage Pencil. Chaque album est l’oeuvre d’un groupe ou musicien gravitant autour de la scène « guitare expérimentale ». J’y reviendrai plus longuement dans un futur article quand les deux derniers vinyles seront parus. Sur cet album, la musique de Belong est devenue presque transparente. On sent l’esprit de William Basinski plané au dessus des sillons. Une mélodie étouffée sous d’épaisses couches de sons distordus est répétée inlassablement. Subitement tout disparaît et il ne reste plus qu’un écho, une simple résonance de la musique de départ. Puis elle se reconstruit peu à peu. Elle renaît miraculeusement de ses cendres jusqu’à la fin du morceau. C’est sûrement l’album de Belong le plus difficile d’accès tant il est épuré. Une oreille distraite ou non entraînée pourrait ne rien y entendre d’autre qu’un bruit de fond amplifié. Same Places (slow version), nécessite de l’attention. Il faut tendre l’oreille, ne rien faire d’autre que rompre les amarres et se laisser emporter par le flot cotonneux de la musique. Pareil à un paysage dans la brume, la musique de Belong est mystérieuse, ses contours sont flous et incertains. Le chemin est sinueux et non balisé mais la promenade vaut le détour.

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