Pavlo V – Strength of materials (autoproduit, 1979)

Je suis perpétuellement à la recherche d’albums de folk bancals,  sombres   et déprimants, ceux que les collectionneurs aiment référencer sous le nom de loner folk ou downer folk. C’est en ces termes que j’ai découvert l’album de Pavlo V au détour d’une annonce sur ebay. Il me semble que j’avais fait une recherche dans les ventes terminées et que je les avais classées par ordre de prix décroissant. Stength of materials était tout en haut de la liste , il s’était vendu pour une somme indécente (près de 900 dollars) et était présenté en des termes plutôt élogieux. « ONE OF THE BEST STONER GARAGE FOLK ALBUMS EVER ». Whoua ! Encore plus fort que le downer folk ; le stoner garage folk. Inutile de dire que j’étais intrigué.
Il n’y a pas beaucoup d’informations concernant cet album sur Internet. Et pour cause ; l’album a été écrit, produit et réalisé par Pavlo V, musicien grec exilé à New York en 1979. Publié en pressage privé, seuls 100 exemplaires ont vu le jour, ce qui en fait une vraie rareté. Le seul article que j’ai trouvé sur la toile le décrivait comme « Obscure real-people album. Americana meets downer folk. With Dylanesque (Blonde On Blonde era) and just a tinge of blues influences, but also with an excellent melodic and melancholic atmosphere that makes “Strength of Materials” the ultimate late-night listening choice » Whoua! , un album de folk garage-drogué-bluesy-avec-un-côté-Dylan, à écouter tard dans la nuit, réalisé par un grec et tiré uniquement à 100 exemplaires, j’étais vraiment TRÈS curieux. J’ai donc été agréablement surpris de découvrir qu’un obscur label du nom de Anazitisi Records venait de rééditer l’album à 150 exemplaires numérotés à la main. Je suis allé sur le site du-dit label et ai constaté qu’il y avait toujours des exemplaires disponibles, qu’il y avait deux courts extraits en écoute mais que le prix de vente était de près de 50 euros… J »écoute les extraits de 30 secondes. Mmm, plutôt pas mal, l’un m’évoque le spleen gracieux de Jeff Buckley, la voix angelique en moins, l’autre commence par les accords d’un orgue famélique, puis des accords d’une guitare malingre entrent en scène, suivis de près par un orchestre de corde et un chant éraillé et puis stop, l’extrait s’arrête et me laisse sur ma faim. Je suis frustré. Comment juger un album sur deux extraits de 30 secondes à peine ? Je suis énervé, décide que 50 euros c’est vol, qu’ils n’avaient qu’à en presser 500 exemplaires et baisser leur prix, je me déconnecte d’Internet et retourne à mon diplôme qui décidément s’éternise. Je retourne cependant encore quelques fois sur le site pour réécouter les extraits et me dis que non, 50 euros c’est trop cher Je ne commande pas l’album. Quelques mois plus tard, l’album est épuisé, je me dis merde. Et si j’avais fait une connerie ? Quelques recherches sur Internet plus tard, je localise des copies sur ebay. Des vendeurs peu scrupuleux le revendent déjà à entre 95 et 120 euros. Ce genre de procédé est malheureusement assez courant . Voleurs (les exemplaires sont toujours en vente, ça me console un peu).  Il y a quelques semaines de cela, je glandais sur un site de vente en ligne et je tombe sur une copie de l’album à 50 euros. Ok, ni une, ni deux, je me dis que je ne vais pas passer à côté de l’album une seconde fois. J’essaie de retrouver les extraits musicaux sur le site du label, histoire de me rafraîchir la mémoire. Ils ne sont plus disponibles. Dilemme. Et puis merde, je me lance, je passe la commande et prie très fort pour ne pas avoir acheter une daube.
L’album est arrivé par la poste la semaine dernière. Superbe état, pochette lisse et qui brille, pas de coins pliés comme cela peut arriver quand un vinyle traverse l’Atlantique. Mon exemplaire a le numéro 128/150. Verdict… Je dois avouer que j’ai été un peu déçu au départ, c’était à prévoir.  L’album bonifie cependant au fil des écoutes et est franchement plutôt pas mal. Ok, ce n’est peut être pas le chef d’oeuvre de stoner/garage/folk/mélancolique que l’on m’avait décrit mais Strenght of materials tient la route et même plutôt deux fois qu’une si l’on considère qu’il s’agit là d’un album autoproduit par un gars venu de nul part. La plus grande faiblesse de l’album est son manque d’homogénéité. Il a en effet été enregistré entre 1977 et 1979, en de multiples sessions par Palvo V et différents musiciens, amis  ou recrutés par petites annonces, voire par Pavlo V seul, jouant de tous les instruments. Il y a aussi pas mal de styles différents sur l’album : blues, folk, country, ce qui laisse place à des transitions assez malheureuses et contribue a rendre l’écoute assez décousue. Pour ne rien arranger, Palvo V s’amuse à chanter avec différentes voix, quand il  ne laisse pas les parties vocale à d’autres. Le plus grand choc a lieu en début de face B quand deux chanteuses nous délivrent un morceau de country dans le plus pur style Nashville. A ce moment je me suis demandé s’il n’y avait pas un problème de pressage, si deux morceaux de deux albums différents n’avaient pas été substitués l’un à l’autres. Mais non, en regardant les crédits de plus près, il est bien normal que ce soit les dénommées Jeannie et Deddie qui chantent Summer Midnight Blues.
Strenght of materials n’est peut être pas un bon album à proprement parler, c’est plutôt une collection de bonnes chansons, voire de très bonnes chansons. Comme il est assez difficile d’en dégager une impression d’ensemble,  je vais essayer de décrire les morceaux un par un.

_ Big mama. Piano blues qui évoque un bar enfumé tard le soir. une basse prépondérante., un  refrain pop. Un style pas complètement éloigné de ce que pourrait faire Randy Newman.
_ Tiny Emmett. Country blues assez métronomique et rapide qui fait penser musicalement  mais aussi vocalement à Bob Dylan au début des années 70.
_Rent-a-Cop Blues. Blues très très blues mais avec un tuba et un rythme assez improbable par moment.
_Blind Alley. Une intro au mélodica, puis Pavlo V s’accompagne seul à la guitare. Du stoner/garage/folk/mélancolique sans aucun doute. L’un des plus beaux et envoûtants morceaux de l’album. Justifie à lui seul l’achat du disque si vous êtes à la recherche de chanteurs folks déprimés et méconnus.
_A Memory to Forget. Une autre chanson qui évoque par moments Bob Dylan au début des années 70 . Un blues/rock aux arrangements riches et au refrain assez marquant. Un morceau typique de singer/songwriter des années 70.
_Summer Midnight Blues. Bon morceau de country chanté par des femmes, mais qui fait tâche sur l’album.
_Birthday Present. Un harmonica, un tuba, un banjo, Pavlo V prend un accent étrange. Un morceau bordélique et débraillé. Encore une fois l’ombre de Dylan plane sur le morceau, mais il s’agit ici plus de Bob Dylan période Basement Tapes.
_I’m only Waiting. Autre sommet de l’album. Une ambiance intimiste et sombre. Il y a quelque chose de Jeff Buckley ici. Une mélancolie à la fois douce et profonde, quelque chose de lumineux qui transparaît à travers la tristesse.
_Last Call. Un orgue lugubre ouvre le bal, puis arrivent la guitare, les cordes et la voix. Quelques accords de guitare égrainés ainsi qu’un orchestre fantomatique et aérien habillent la voix déchirante de Pavlo V. Sublime.
_I’ll fight them back. Morceau folk rigide et rapide, dont les parties d’harmonica auraient pu figurer sur Harvest.

Au Final, l’album vaut largement la somme dépensée. S’il manque de cohésion, il reste néanmoins très bon et il contient plusieurs chansons magnifiques (et aucun mauvais morceaux). J’aurais beaucoup aimé mettre des morceaux en écoute mais je ne dispose pas de la technologie nécessaire pour transférer mon vinyle en mp3 afin de mettre des titres en écoute. Des vidéos sont enfin apparues sur Youtube ( voir ci-dessous).  Si vous voyez une copie qui traîne et que vous êtes en manque de découvertes musicales, n’hésitez pas.

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