Posts Tagged ‘John Coltrane’

4 mars 2011

Chora – Ruined Parabola (Chironex, 2010)

17 mai 2010

Ce que je connaissais de Chora jusqu’à présent était bruitiste, pour le meilleur comme pour le pire. J’ai donc été assez surpris lorsque j’ai posé le diamant de ma platine sur le sillon de leur album publié par Chironex.

Ruined Parabola n’est pas plus apaisé que ce que j’avais entendu auparavant mais d’une certaine manière plus clair et moins confus. Plus subtil et étoffé également. C’est un déluge de percussions qui accueille l’auditeur avec Pines Outracing Death qui occupe toute la face A. On se trouve d’emblée immergé au cœur d’un univers profondément mystérieux qui évoque rituels vaudous et autres cérémonies chamaniques. Le morceau évolue ensuite en une dérive sombre faite de plaintes et de gémissements d’instruments à vent et des crissements de cordes frottées. La musique  se fait peu à peu moins oppressante et se transforme en drones nocturnes et vastes derrières lesquels émergent des cris et des lamentations lointaines. Le final est crépusculaire et baigné de la même lumière lunaire qui irradiait déjà les moments les plus abstraits des plus beaux morceaux de Sonic Youth.

Sur l’envers du vinyle c’est Visitation qui ouvre le bal. Furieux et bruitiste, le morceau est tout en drones stridents, percussions cinglantes et chants aux sonorités bouddhistes. Tout ici nous entraîne une nouvelle fois sur le terrain effrayant des cérémonies rituelles. Arboreal Slum, entièrement composé de drones dissonants, enfonce le trou. On plonge ici dans les Abîmes noirs de l’inconscient. Je pense ici tout particulièrement à l’exposition de Wifredo Lam que j’ai vu ce week-end au Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Moins sombre et plus lumineux que les morceaux précédents, Zimmermann est également le plus extatique et spirituel du lot. L’ouverture est soniquement proche du Black Angel’s Death du Velvet Underground, le chant en moins. Par la suite il s’étoffe et se pare des sonorités indiennes et orientales. On n’est pas très loin de l’intensité des morceaux les plus fougueux du Vibracathedral Orchestra mais avec des accents plus free jazz du fait de la présence des cuivres. Chora réussi ici un incroyable tour de force et accouche d’un morceau à la beauté sauvage et cinglante.

Ruined Parabola est album splendide qui ne fait que conforter mon enthousiasme pour les musiques acoustiques improvisées actuelles. Tous ceux qui voient dans la musique d’Albert Ayler ou Ascenscion de John Coltrane une forme de beauté devraient écouter ce disque de toute urgence.

Des titres sont en écoute sur le site MySpace du groupe.

Wifredo Lam, The Murmur, 1943, Huile sur papier monté sur toile.

John Tchicai & Cadentia Nova Danica – Afrodisiaca (MPS, 1969)

2 mars 2010

J’ai découvert cet album au détour d’une liste publiée par Thurston Moore, intitulée ‘Top Ten From the Free Jazz Underground‘ (ou ici avec les pochettes ). Connaissant les penchants bruitistes du monsieur auquel il faut ajouter la présence de la mention Underground free jazz, je m’attendais à des albums d’une rare violence à la limite du supportable et de l’écoutable. Il n’en est rien. J’ai fait de bien belles découvertes grâce à cette liste et ‘Afrodisiaca’ en est une.

L’album comporte 5 compositions. La première d’entre elles qui donne son nom à l’album a été composée par Hugh Steinmetz. Elle occupait l’intégralité de la première face du vinyle. Pas moins de 26 musiciens sont présents sur ce morceau qui s’étire sur 22 minutes. Pas de longues digressions fumeuses ou de capharnaüm inécoutable ici mais un tour de force éblouissant et monumental, sorte de symphonie free jazz qui alterne les mouvements bien distincts. Elle s’ouvre par un long accords joué par deux orgues à l’unisson. Viennent ensuite deux trompettes qui annoncent le thème. La mélodie est belle, cristalline et sensuelle, nimbée d’un écho nocturne et mystérieux. Elle m’évoque immanquablement l’univers de David Lynch : onirique, glamour, effrayant et énigmatique. Un balafon et des percussions puissantes et primitives, auxquelles se joignent les appels de cuivres inquiétants, embarquent brusquement l’auditeur dans un voyage halluciné à travers une Afrique fascinante peuplées de sorciers terrifiants. Après un court déluge de cymbales, des flûtes entrent en scène. Elles accompagnent le solo plaintif et malsain de John Tchicai et piaillent comme une multitude de petits oiseaux étranges dans une forêt sombre. Steffen Andersen se lance ensuite dans un solo de contrebasse qui culmine en une boucle de quelques notes  lourdes de menaces sur lesquelles Niels Harrit vient jouer de sa scie plaintive et sinistre. S’ensuit un long crescendo qui atteint son apothéose avec le retour des cuivres stridents et des percussions cérémonielles. Après des solos de trombone, de saxophone baryton puis de saxophone alto, le tout explose dans une cacophonie magistrale et magnifique qui fera fondre les derniers neurones qu’il vous reste.

La face B s’ouvre par le moins viscéral et plus intellectuel ‘Heavenly Love on the Planet’. Cela commence par un solo de clarinette basse accompagné de percussions. Les percussionnistes jouent chacun leur tour une note et cela donne l’effet d’un cercle qui tourne autour du soliste. Si le début est plutôt sage, le morceau se fait ensuite plus fiévreux et le très posé cercle se change à mi parcours en un véritable torrent.

‘Fodringsmontage’ est joyeuse cacophonie toute en dissonances et donne notamment à entendre une guitare électrique acide et acérée.

‘This is Heaven’ est adaptée d’une vieille chanson chantée par Talbot O’ Farrell (écoutez l’originale ici. Merci à Music Makes Me) . Les musiciens y sonnent comme une fanfare au ralenti jouant un air suranné et romantique.

‘Lakshmi’ a beau être le nom de la déesse indienne du bonheur, le morceau est cependant  sombre et accablé et clos l’album en queue de poisson. Après un thème joué à l’unisson, le premier soliste est Michael Schou à la flûte. Son jeu  léger est basé sur une gamme indienne. Vient ensuite Willy Jagert à l’ophicleide dont le solo mélancolique et plaintif évoque d’une manière assez inattendue le jeu de Miles Davis sur ‘Schetches of Spain’. Le dernier soliste est Christian Kyhl au saxophone soprano.  Il exploite parfaitement le timbre de son instrument afin de renforcer la sonorité indienne du morceau. ‘Lakshmi’ se termine comme il avait commencé par le thème cafardeux joué par l’ensemble des musiciens.

‘Afrodisiaca’ est un splendide album qui souffre cependant d’un déséquilibre dans sa construction. Bien que l’ensemble des morceaux de la face B soient bons, ils ne peuvent aucunement rivaliser avec le morceau titre qui écrase tout sur son passage. De plus le choix de clore l’album par ‘Lakshmi’ semble assez discutable tant le final tombe à plat et laisse plus sur une impression d’absence de final.

Pinailleries mises à part, ‘Afrodisiaca’ est un chef d’oeuvre. Un incroyable voyage au coeur d’une contrée magique et mystérieuse dont le morceau principal est un joyau scintillant à l’aura étrange et ensorcelante.

Des extraits en écoute ici

En bonus une vidéo présentant John Tchicai et le Candentia Nova Danica live en 1967.

Vibracathedral Orchestra – The Momentary Aviary (Manhand, 2009)

15 mai 2009

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Le nouvel album de Vibracathedral Orchestra a été enregistré à Londres et Cambridge les 26 et 27 août 2007. Il est publié sur Manhand, le label de Sunburned Hand of the Man.

Sur cet album, pas de nom de morceaux  mais une unique composition divisée en Part one et Part two répartie de part et d’autre des faces du vinyle. La première face est divisée en trois "mouvements". Cela commence sur les chapeaux de roues avec des chants d’oiseaux associés à des larsens furieux et à un harmonium afin de former un dense magma sonore qui se transforme progressivement en un capharnaüm extatique. Brusquement le rythme s’affole. Les percussions s’emballent, le rythme devient effréné et des explosions de larsens et de saturations éclatent. La musique se transforme en une tornade sonore. On se trouve plongé au coeur d’un ouragan de décibels traversé de bruits électriques. On entre en transe enivré par les nappes d’orgue qui se superposent au magma sonore. La musique atteint petit à petit une dimension paroxysmique. La tension retombe ensuite petit à petit, on reste abasourdit encore sous le choc. La furie laisse place à une troisième partie où se fait entendre un orgue planant qui se superpose au tapis créé par l’harmonium, les percussions étouffées et le souffle rauque d’un saxophone.

La face B s’ouvre par ce qui semble être des instruments à vent aux sonorités orientales (Il n’y a aucune indication concernant les instruments utilisés. Je peux uniquement dire que pour moi cela sonne, ou Vietnamien, ou Pakistanais, ou Tibétain. Vous devinez dès lors que je n’y connais rien…) A ces instruments à vent s’ajoutent des orgues et des percussions au rythme plus lent. La musique se densifie et s’organise progressivement. Contrairement à la face A, elle est ici plus morbide dans un style assez proche de celui de Silvester Anfang. Il s’en dégage quelque chose d’obscure et de malsain. Soudain un mur de bruits et de saturation s’abat brutalement avant que ne rugissent des guitares abrasives et que des percussions ne martèlent des rythmes hypnotiques. Larsens et chants d’oiseaux s’unissent à nouveau pour recréer ce qui avait été commencé sur la face A mais cette fois-ci avec une brutalité inouïe. Décharges de décibels chauffées à blanc, chapes de larsens, et sons saturés lacèrent les tympans. L’intensité est à son comble. Le bruit est assourdissant. C’est comme regarder fixement une lumière blanche aveuglante.

Il est nécessaire d’avoir l’oreille entraînée pour ne pas voir dans ce disque qu’un déluge sonique inécoutable. La première écoute a été assez éprouvante pour moi. Je ne découvre que maintenant la beauté qui s’y cache. Il faut du temps pour s’habituer à l’intensité sonore et réussir à creuser le magma pour en déchiffrer les strates. Passé ce temps d’adaptation, ce disque est absolument sublime. Un album d’une grande beauté. Il incarne à mon sens la descendance du free jazz tel que John Coltrane, Pharoah Sanders et Albert Ayler le jouait dans les années 60. Bien évidemment, comparer un obscure groupe de musque expérimentale anglais aux géant du free Jazz Américain va sûrement faire hurler quelques personnes (pour peu que quelqu’un lise cet article). L’album The Momentary Aviary partage avec ses illustres prédécesseurs, la même dimension spirituelle. L’esthétique du cris, ou du bruit dans le cas présent, ne vise pas à la destruction mais représente bien au contraire la rage du vivant, l’énergie primale créatrice de vie et de beauté. De cette violence et de cette intensité ne se dégage aucune énergie négative, mais un sentiment de béatitude et complétude totale. Il s’agit là du bruit d’une force créatrice exacerbée : du bruit du Divin. Tout comme les maîtres du free jazz spirituel, le Vibracathedral orchestra, se plait à mélanger les sonorités de différentes cultures, voire même ici, sonorité électriques, acoustiques et naturelles (chants d’oiseaux). Les frontières sont abolies et la musique invite de toute son énergie à une fête et à une joie universelle.

Ecoutez un extrait de l’album ici ou regardez une vidéo qui offre un bel aperçus de ce que le groupe peut faire sur scène,

V ibracathedral Orchestra, The momentary Aviary, Manhand 96, 2008.  Vinyle limité à 600 exemplaires numérotés, avec pochettes avant et arrière collées + poster inclus.


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