Archive for janvier 2011

Go Down Moses

23 janvier 2011

Magik Markers – Boss (Arbitrary Signs, 2007)

17 janvier 2011

Quand des groupes se cantonnent au bruit et à l’agression continue ce n’est pas toujours parce qu’ils ne savent pas écrire de chansons ou jouer de leurs instruments.

Je n’avais pas vraiment accroché avec les Magik Markers, trop de bruit, trop de fureur. Les larsens de l’intro du premier titre de Boss, Axis Mundi ne m’avaient pas vraiment rassuré à la première écoute. Je m’attendais alors à ce que l’album soit un nouvel assaut frontal sans compromis. Rien ne laissait présager la suite : une vraie chanson, avec des paroles, un rythme, des riffs, une ligne de basse. Et quelle chanson ! Axis Mundi suinte le danger par chacun de ses pores et possède un groove lourd et sexuel. Sa ligne de basse au psychédélisme désabusé évoque le désert et un soleil de plomb. Même le passage free au milieu du morceau est contenu et réussi à se lover dans le cadre strict du format rock.

Mais ce n’est là que le premier titre et le meilleur reste à venir. Le groupe enchaîne avec Body Rot qui est l’un des morceaux que j’ai le plus écouté en 2007. En le redécouvrant en 2011 il me parait toujours aussi addictif. Peter Nolan derrière sa batterie propulse le morceau à un train d’enfer tandis que Elisa Ambrogio semble vouloir tout détruire à coup de riffs incisifs. Survitaminé, envoyé pied au plancher, les aiguilles dans le rouge, Body Rot emporte tout sur son passage.

Le troisième morceau, Last Of The Lemach Line, est plus posé mais maintient brillamment la tension. La musique est constamment sur le point de rupture, dérangée, prête à exploser. C’est une plongée en eau trouble et Elisa Ambrogio n’a jamais sonnée aussi vénéneuse et sexy.

Arrivé à ce point, rien ne peut cependant préparer à ce qui va suivre : une ballade au piano. C’est bien l’une des dernières choses que l’on pouvait attendre des Magik Markers. Qui aurait pu prévoir cela ? Et le pire est qu’ils s’en sortent haut la main. Ils poussent même le vice jusqu’à parsemer la fin du Empty Bottles de touches délicates de métallophone. Délicat ne veut pas dire mièvre et grâce au son crade du piano, le morceau fait figure de ballade de paumés au petit matin dans un bar punk et garde ainsi une certaine continuité avec le reste de l’album.

Après une telle face A on se demande ce que peut réserver la face B. Et bien à peu près la même chose. Pas de baisse de régime. Les Magik Markers ouvrent même les hostilités avec Taste qui aurait du être un tube. Un grand moment de rock cradingue, rampant et sensuel. Le morceau finira même sur la liste des meilleurs titres de l’année 2007 de Pitchfork.

Four / The Ballad Of Harry Angstrom est une fausse ballade en spirale descendante. On baigne ici dans les même eaux troubles que Last Of The Lemach Line, mais l’ambiance est plus pesante. Tout semble aller au ralenti de manière très malsaine. On étouffe.

Pat Garrett prend quelques libertés avec le format rock, ce sera la seule exception notable de l’album. C’est un titre instrumental composé de murs d’effets et de pédales de distorsions en tout genres. Si les Emeralds faisaient du rock bruitiste ça pourrait ressembler à cela, sinon on pense également à Sonic Youth et leur Daydream Nation (on y pense très fort depuis le début de toute façon). D’une certaine manière c’est assez normal, Lee Ranaldo produit l’album et joue sur plusieurs titres.

Avec Bad Dream / Hartford’s Beat Suite les Magik markers nous prouvent que la ballade au piano qu’était Empty Bottles n’était pas qu’un heureux coup de chance mais qu’ils peuvent le refaire et en mieux qui plus est. Pas de piano ici mais une guitare nocturne et douce ainsi qu’un glockenspiel joué par Lee Ranaldo. Le titre est à la fois sombre et rêveur et véhicule une certaine mélancolie teintée d’innocence.

L’album aurait pu se terminer sur cette touche légère mais Peter Nolan et Elisa Ambrogio en ont décidé tout autrement. C’est Circle et ses allures de fin du monde, ses guitares rugissantes et ses bruits électroniques qui clôtureront Boss.

Trois après sa parution j’aime toujours autant cet album. Hormis la qualité des compositions c’est aussi le son qui donne sa force à l’album. Il est sale et chaud, rond et puissant. Il sature l’air. C’est en partie pour cela que les ballades ne sonnent jamais apaisées. Même les silences saturent.

Boss fait figure de parenthèse enchantée dans la discographie de ce groupe (tout le monde n’est pas de cet avis et certains crient à la trahison) que j’ai depuis un peu perdu de vue. L’album qui l’a suivi Balf Quarry restait sur des territoires rock assez proches mais avait peiné à me convaincre. Je m’en vais cependant de ce pas l’écouter à nouveau, Boss m’a ouvert l’appétit.

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Kevin Cummins – Joy Division (Rizzoli, 2010)

17 janvier 2011

Je suis allé en ville hier et je suis tombé par hasard sur cette merveille. Un livre de photos de Joy Division par Kevin Cummins. Il était quasiment le photographe attitré du groupe. Il habitait Manchester et les a suivis depuis le début. Certains des clichés présentés dans ce livre sont archi connus, d’autres font partie des même séances et nous font plonger dans les coulisses de leur réalisation. C’est le groupe, son intimité et son environnement qui nous sont donnés à regarder de fort belle manière. Ce livre est un petit bijou qui ravira à coup sûr tous les fans de Joy Division.

Emeralds – Allegory of Allergies (Weird Forest, 2009)

10 janvier 2011

Alors que je me replonge dans Allegory of Allergies avec bonheur, deux pensées me viennent immédiatement à l’esprit :

1- Que de chemin parcouru depuis cet album. Difficile de croire que c’est bien le même groupe qui a enregistré Does it look like I’m Here ?

2- J’avais oublié combien la musique d’Emeralds est belle.

Ce double vinyle est en fait la réédition d’une cassette sortie en 2007 sur God Of Tundra. Tout comme les cassettes, les vinyles ont l’avantage d’avoir différentes faces et ainsi de structurer un album. Deux vinyles, 4 faces autant de moments distincts.

La première ne comporte qu’un morceau : Nereus (Spirits Over The Lake). Il s’agit d’une longue plage apaisée durant laquelle, la guitare de Mark McGuire se promène sur des nappes fluctuantes de synthétiseurs que n’aurait pas renié Brian Eno. C’est beau et délicat comme de la musique de chambre, on croirait même parfois entendre un violon. Le son est chaud et profond, presque étrangement boisé et quelques notes suffisent à nous immerger complètement.

La seconde face comporte 3 titres. Snores est tout aussi éthéré que le précédent morceau. Il commence par quelques drones lumineux mais bascule rapidement vers des territoires plus sombres et angoissants. Il ouvre la voie à House Of Mirrors et à ses tourbillons de résonances dorées qui peinent à percer à travers le brouillard bleuté qui les entoure. Comme sur un palimpseste, une mélodie à demi effacée refait surface de manière fantomatique, à peine couverte par le souffle audio d’une bande magnétique en décomposition. Il y a du Tim Hecker ici, et mon utilisation du terme palimpseste n’est pas fortuite. L’expérience est saisissante. On se retrouve embarqué dans un monde flottant aux multiples reflets, désorienté mais serein. Mistakes clôt la face avec ses drones graves et profonds que viennent délicatement colorer des bourdonnements synthétiques. Encore une fois on hésite entre sensation de lourdeur et d’apesanteur. Les drones massifs semblent flotter avec légèreté dans un espace infini et dense.

Sur la face C Underwater Mountain se tient tel un trou noir. Le morceau est un monolithe sonore d’une telle densité qu’il absorbe tout sur son passage. C’est un grondement sourd et sans fond qui dégage une force tellurique. Il en émane des harmonies noires aux teintes d’ombres. Petit à petit le néant se colore et des geysers de bruits blancs jaillissent. Les ondulations sombres du début se changent en ragas sidéraux. Underwater Mountain est un tour de force, un moment de bravoure à la puissance colossale qui laisse l’auditeur exsangue et transi, le sang bouillonnant et le souffle haletant.

Dernière face. Arbol Del Tulei a la lourde tâche de succéder à Underwater Mountain. Comme rien ne pourrait rivaliser en puissance avec le titre précédant, les Emeralds font le choix judicieux d’aller à l’opposé. Une fois encore un long drone ouvre le bal. Celui-ci est gracieux et nocturne. Des accords délicats et comateux tissent ensuite l’ébauche d’un blues futuriste qui aurait pu servir de bande son à Blade Runner ou de sample à Tricky pour Pre-millenium Tension. Entre angoisse et mélancolie, la musique s’étire de longues minutes avant que des enregistrements de pluie ne fassent leur apparition. Le mariage entre les field recordings et les nappes synthétiques est troublant. On est pris d’une sensation d’irréalité. On ne sait plus de quel côté du miroir on se trouve. La musique semble soudain échapper aux musiciens et acquérir une existence propre. Elle promène alors son spleen dans un univers parallèle avant de s’éteindre doucement.

Pour tenter de suivre le rythme effréné des productions musicales actuelles, j’ai eu un peu tendance à négliger Allegory of Allergies. C’était bien sûr une erreur. Les écoutes récentes m’ont rappelé à quel point cet album est énorme. Cela dit, j’ai ainsi eu la chance de le découvrir une seconde fois, ce qui est plutôt pas mal.

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Glenn Gould joue Bach

4 janvier 2011

Faux Amis – Faux Amis (Zerojardins, 2009)

1 janvier 2011

Faux Amis est composé d’extraits d’un concert de 5 heures qu’ont donné François Virot, Helhester, Chora et Motherfucking à Grrrnd Zero, à Lyon le 22 avril 2008. Cela en fait un proche parent de l’album Drapeau Noir sorti sur Chironex.

Contrairement à certaines musiques improvisées qui dégagent un je ne sais quoi de sombre et de torturé, la musique de Faux Amis et particulièrement positive. Elle reflète le plaisir des 10 musiciens à être ensemble. Cette joie se traduit dans un maelström sonore d’une grande puissance, une transe collective dont je ne peux qu’imaginer la force quand on la vit en directe de l’intérieur. Cette exubérance joyeuse a parfois des sonorités assez similaires à Here Comes the Indian d’Animal Collective. On y trouve la même folie ludique et enfantine, le même tribalisme coloré, et cela tout particulièrement à la fin de la face A. Un joyeux bordel en somme, ce que la pochette reflète bien.

La face B lorgne plus vers un groove proche de Sunburned Hand Of The Man. Le psychédélisme pointe le bout de son nez. Percussions, basse et guitares jouent à l’unisson et font monter la sauce. Le groove prend. Ca cogne dur et la tension se densifie graduellement jusqu’à ce que les percussions deviennent quasi martiales. La bulle éclate alors et la musique se fait plus informe. Elle ne devient cependant jamais bruyante bien que la fin soit plus sombre que le reste de l’album.

Faux Amis est une vraie réussite. Cette musique tribale bon enfant dégage une réelle fraîcheur, une joie bariolée. Parmi les différents disques de musiques improvisées que j’ai écoutés récemment c’est l’un de ceux qui m’ont le plus marqué. Il résume au final assez bien mon année musicale 2010.

Un extrait en écoute ici sur le Myspace de Zerojardins

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